T O U S D E S A N G E S

T O U S         D E S          A N G E S

POSTFACE DU RECIT LARMES SECHES ET MOT DE LA FIN

Postface de l'auteur

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La raison qui pousse un être à écrire peut être traduite de différentes manières. De différentes façons. Ce peut être un plaisir, un besoin doté de don ou de talent. Ce peut être un moyen d'expression indispensable. Ce peut être une échappatoire à ses angoisses. Un soulagement. Une délivrance peut-être même la seule qu'il puisse espérer dans son existence.

Au fil du temps, la page blanche deviendra, si l'on sait la respecter, une amie fort réconfortante. Une amie fidèle, de toute confiance.
Selon les situations, le papier sera complice ou victime, accueillant, et ne faisant que ça. C'est déjà beaucoup. Ni reproche. Ni remarque. Ni critique.

Lorsqu'enfant, l'on découvre les bienfaits de cette allié, lui refuser nos petits secrets, nos émotions et nos tracas, peut être fort gênant. Un sentiment de trahison peut nous envahir.


Même si la confidence n'est point régulière, griffonner quelques mots de temps en temps, se veut un respect auquel j'ai toujours tenu. Et un besoin. Parce que non seulement, cette sacrée écriture m'extirpa ce qui fut au plus profond de moi, enfoui; mais aussi, parce que ces lignes vides, une fois remplies, sont acte de création. Et créer, à mon avis, nous prouve que l'on fait partie de l'existence.

La guerre qui gronde au dehors est abominable et sans pitié, je vous l'accorde. Mais la guerre qui se joue dans toutes ces familles, tapies et feutrées entre leurs quatre murs semblant tant protéger leurs hôtes, est tout aussi destructrice que bien des conflits. Plus sournoise et terriblement insidieuse, dissimulée derrière une apparence allant au-delà de tout soupçon, elle frappera l'enfant n'ayant en tout cas pas le choix, qui devra vivre dans ce champ de ruines sentimentales, que deux adultes, ses parents, ne veulent quitter. Ce sera à lui et à lui seul de s'en sortir, à lui de tenter de s'y débattre sans trop de casse... Et comme dans tous les conflits, certains gamins en ressortent, s'ils en réchappent, anéantis et meurtris; d'autres par contre, en ont fait, par toutes sortes de stratagèmes, une force.

À l'humain malin et combatif on peut faire confiance pour ce qui est d'avancer, même tourmenté par des vents violents.


Mon stratagème, l'écriture, me fut légué comme un don. Sans que je ne me pose de question l'imaginaire est venu me cueillir et m'emporter vers d'autres horizons, dans des mondes merveilleux et enchantés; des mondes où je reprenais haleine, respirant à plein poumons avant de replonger dans cette dure réalité, comme amputé d'une lucidité évidente pourtant, épris et nourris de ces cieux merveilleux d'un inconscient bienfaiteur où lutins et héros de tous poils me donnaient la force de retourner à ce monde dit «réel». Ce monde violent, sans foi ni loi, rudoyant mon petit corps d'enfant.

Le bois tendre que représente l'innocence de l'enfant, ne pourra qu'être violemment écorché. Et la blessure qu'il aura subie soit s'octroiera le droit de sculpter ce petit corps et de laisser s'y fondre les souffrances, soit hantera pour l'existence cet intérieur meurtri.

Le parcours menant à la vie adulte peut ne pas être toujours bordé de rosiers fleuris, mais n'avoir que des épines, de méchantes épines, nous marquant pour l'avenir. Nous enlevant des sentiments, des choses, des émotions et des moments, que nulle part ailleurs, dans le temps, et dans le monde, nous ne pourrons retrouver, mais que nous rechercherons en vain. C'est sans doute en ces événements marquants que le trouble pourra se vanter nous avoir possédé le plus intensément. en ce sens que le temps ne peut se compter qu'avant et après, comme si l'émotion extrême que procure ces périodes ne pouvant s'appeler d'aucun nom suspendait le temps.

C'est cette émotion, se jouant du temps, que j'ai tenté de décrire, de définir, en ayant permis à ma mémoire, de se libérer de cet étrange moment sombre que j'ai laissé s'écrire par la parole et le parler de l'enfant que j'étais, car beaucoup de textes ont déjà été faits sur la violence conjugale, mais rarement contée avec la voix, le parler et la vision de l'enfant vivant de pareils moments. Aussi j'espère, pour les plus réservés quant à ce style très particulier, que ce ne sera pas un obstacle à la lecture et au message que le petit garçon que j'étais tente de vous faire passer en ces lignes.

Bien sûr, ce texte est tiré de ma vie, d'une période précise de mon existence, mais j'en ai romancé certains éléments, allégé quelques faits et gestes, de façon à préserver les protagonistes.

Même si je suis le premier à dire que cela peut être indécent de se livrer ainsi, je l'ai fait, et, il est sage de le souligner, avant tout pour que des petits garçons et des petites filles, puissent enfin être représentés justement dans ce genre de situation où ils n'ont droit la plupart du temps qu'au silence comme seul réconfort et à l'incompréhension comme unique explication.

Didier Leuenberger

Le mot de la fin

Un Livre, c'est d'abord une histoire. Mais depuis sa création jusqu'à l'aboutissement de sa publication, une longue histoire, et pas des moindres, s'inscrit dans les mémoires. Ce livre, bien plus qu'aucun autre en est le témoin. Aussi, je tiens à remercier tous ceux qui ont soutenu ce projet depuis sa création jusqu'à ce jour. Ils se reconnaîtront. Je tiens à leur témoigner toute ma gratitude et à leur dire un immense Merci pour leur soutien et leur confiance en moi.

Peut-être que ce récit n'est qu'un livre de plus sur le sujet, penseront certains. Peut-être bien n'apportera-t-il pas grand-chose a la cause, ne changera certainement pas le monde, encore moins la façon de penser de bien des individus, mais à ce jour, dans un pays grand comme l'Espagne, cinquante-deux femmes sont mortes de violences conjugales en une année. Douze petits mois. La France suit de très près cet indice et la Suisse n'est pas en reste. Plus de trois mille Suissesses sont violentées chaque année. Le coût de la violence domestique est estimé, puisqu'ils l'estiment, à près de 400 millions de francs par ans. 80 milliards aux États-Unis. Où est le malaise? Et je ne parlerai pas même ici, de pays aux mœurs plus dures et déloyales envers les femmes. Sur le plan mondial, plus de 700 millions de femmes ont été victimes d'actes de violence. Les Nations Unies estiment qu'entre 113 et 200 millions de femmes sont portées disparues dans le monde. Et enfin, et pour en finir avec ces chiffres donnant le vertige et démontrant l'ampleur du désastre, il a été noté que les femmes entre 15 et 44 ans ont plus de chance de mourir de violence masculine que de cancer, malaria, accidents réunis. *

Toutes ces mamans tuées, des dizaines, des centaines, des milliers d'enfants orphelins de leur mère, de l'amour d'une mère. Tant de vies arrêtées subitement, accusant ce séisme sans comprendre, et jamais sans doute, comprendra-t-on ces gestes regrettables. Comment ces enfants devront-ils interpréter ce geste, eux le fruit d'une soit dite union. D'un couple, de ce qu'on appelait une famille?

À eux tous, je dédie ce livre.


* «Women in an insecure World» www.dcaf.ch

 



26/07/2013
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