T O U S D E S A N G E S

T O U S         D E S          A N G E S

Chapitre 2 & 3

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En accord avec moi-même

 

Lorsque j’ai rouvert les yeux, ils étaient là.

 

Je m’étais assoupi en accord avec moi-même ; pour ne plus jamais me réveiller et tandis qu’ils essayaient tant bien que mal de me rafistoler pour un dernier adieu, ils se rendirent compte que mes proches étaient quelque peu disséminés. Deux coups de fil, une voix tremblante et quelques larmes ; une main chaude tenait la mienne lorsque j’ai rouvert les yeux. Une main que j’ai tant et tant tenue de par le passé qu’il n’a pu oublier la mienne. Puis je l’ai posée sur son beau visage, sa niak m’a lancé un regard sombre dans le fond de la pièce, tapie dans la pénombre, comme si je tentais de lui voler mon Max. Ma fille arriva en catastrophe dans la chambre en renversant les cafés qu’elle portait maladroitement.

—   Max !   dis-je à mon fils en lui souriant.

—   Ne dis rien papa !

—   Mais… qu’est-ce que vous faites tous là ? demandai-je, d’un ton monocorde et passif.

Il regarda autour de lui, lança un regard questionneur à sa sœur en haussant les épaules.

—   Tu sais depuis quand ? me demanda Max d’un ton sévère.

—   Heu...

—   C’est pas une réponse, ça ! Enfin bordel, tu ne peux pas nous avertir lorsqu’il arrive quelque chose d’aussi grave. Et pourquoi Jeannine n’a rien dit…? Je vais aller lui…

—   Non ! S’il te plait, le suppliai-je. C’est moi qui lui ai fait promettre de ne pas vous embêter. (Mes joues ne rosissent même pas de cette minable manipulation, mais oh combien efficace). Vous en avez assez bavé lors du premier cancer.

—   C’est ridicule ! Je suis certain que tu n’as pas dû la forcer ! s’énerva Max, en noircissant un peu le tableau.

Sa niak n’en prenait pas une, il fallait voir la tête lorsque mon Max m’a relevé mon coussin pour m’asseoir dans mon lit une fois que je me suis senti mieux, ayant recouvré mes esprits. Si ses yeux avaient été des pistolets, j’étais mort en un clignement de cils. Même mourant, je ne peux vraiment pas la piffrer.

—   Et c’est quoi ces histoires de séparation ?

—   Elle t’en a parlé ?

—   Tu m’as envoyé une centaine de textos.

—   T’es si loin de moi, Max !

—   Qu’est-ce que tu déb… Peut-être que si tu avais évoqué ton état, j’aurais pu mieux comprendre.

—   Comprendre quoi ? m’emportai-je, comme s’il parlait de la Reine d’Angleterre.

—   Papa, Jeanine ne t’a jamais aimé et tu le sais bien. Tout comme elle ne nous a jamais vraiment aimés.

—   Je te trouve injuste, Max. Carole, tu ne trouves pas ton frère intraitable ? demandai-je en me tournant vers ma fille, plus occupée à remuer son café et regarder son téléphone qu’à écouter son frère.

—   Il n’a pas tout tord ! lança-t-elle vaguement à qui voulait bien l’entendre.

—   Comment ça « pas tout tord » ? Jeanine reste votre mère. Vous n’êtes que des ingrats ! Qu’en pensez-vous Xia-He, bredouillai-je à celle qui ne m’avait pas lâché du regard tandis que mes deux gamins se chamaillaient à coups de souvenirs d’enfance stigmatisants. Je répétai ma question en anglais en esquintant son nom, exprès et sans que personne apparemment, ne fasse attention à notre dialogue.

Elle se frotta le nez, lança un regard de détresse vers Max et marmonna quelque chose d’inaudible. Je fis semblant d’avoir compris et me dis que j’étais ridicule en justicier de mère Jeanine qui de son côté, ne se gêne pas pour mettre à l’encan son vieux con de mari parce qu’il se voit miné par deux cancers en quelques mois.

—   Vous ne devez pas lui reprocher çà... la défendis-je faussement, en toussotant.

Max me tendit un verre d’eau.

—   Et pourquoi pas ? Qu’est-ce qui fait qu’on puisse ne pas le lui reprocher ? Allez ! Dis-le moi !

—   Ah ! Tu m’emmerdes avec tes questions ! Je suis fatigué. J’ai besoin de me reposer. 

Ils me lancèrent un regard suspicieux, secouèrent la tête en même temps et quittèrent la chambre les uns derrière les autres tandis que j’ouvrais un œil. J’étais sauvé.

 

 

 

Bienvenue au pays du vomi

 

T’as dû bien te marrer, tapie dans un recoin de mon corps à attendre le moment le plus propice pour commencer à me ronger. De préférence quand on s’y attend le moins. Et voilà que j’ai craché mon repas. Le premier vraiment solide et vraiment bon. J’ai manqué la belle-fille mais j’y serais presque arrivé si j’avais été en pleine possession de mes moyens. Il fallait voir son regard de ninja lorsqu’elle recula ses deux souliers éclaboussés de mon jet. Elle a mis la main sous son nez pour tenter en vain de masquer l’odeur nauséabonde du repas du condamné. Bienvenue au pays du vomi, Xia-He, je suis sûr que t’apprécieras les relents de biscottes. Tu ne dois pas trop connaître ça, il est vrai que t’as plutôt été nourrie aux nouilles. Mais elle ne m’a pas lâché du regard tandis que tout le monde imaginait le monde sans moi. C’est un peu comme si nous étions, elle et moi, dans une autre dimension où l’on pourrait communiquer par la haine. Pour dire quoi ? Ça,  j’en sais fichtrement rien, mais ce que je sais, c’est que ça n’avait pas l’air net. Que mon Max ait craqué pour une folledingue ne m’étonnerait pas, il n’a jamais eu de flair pour les filles.

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13/07/2017
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