Mes relations textuelles
Mes relations textuelles
J’ai eu mes premières relations textuelles fort tôt, je l’avoue. Et je n’en rougis point, car que pouvait-il m’arriver de plus intense dans ma vie de gamin. Fut-ce une fatalité, un destin tout tracé ou ais-je forgé moi-même ce trait et cet art, en me sauvant d’une réalité pour le moins branlante ? Je m’en poserai sans doute toujours la question, et sans doute ne pourrai-je jamais vraiment y répondre. Disons que c’est un mélange de tout ça. Une association aventureuse d’évènements et d’un don tombé du ciel ou de je ne sais où et arrivant à point nommé. Bref ! Une aubaine pour moi, et j’admets que si la première fois, ce ne fut pas du plus grand art, et pas forcément génial, je développai une relation grandissante de jour en jour, et dont je ne compris guère le sens, le plus souvent. C’était physique. Il fallait que je me frotte aux mots, que je les maltraite ou les caresse. Que je les malaxe, aidé par une imagination débordante, et ne me laissant jamais tomber sur ce coup-là.
Je devais avoir cinq ou six ans. En fait, dès que je sus écrire les premiers mots, j’en mesurai la portée, et les bienfaits que cela allait me procurer, aussi n’hésitai-je à aucun moment et me laissai-je porter par les élans d’une inspiration débordante.
Si au fil des années, mes relations textuelles prirent une ampleur démesurée, en certaines périodes de ma vie, je ne me rendis pas très bien compte, de ce que cela me procurait comme plaisir, y voyant plus une corvée, pour les premières années de poésie, que de grands moments de bonheur.
Puis, avec les années passant et l’expérience de la vie, je compris que cela ne me voulait que du bien. Et que cesser soudainement mes relations textuelles auraient pu être catastrophiques pour moi. Même si j’y pensai à bien des reprises.
Mais là ou les choses se corsèrent, c’est lorsque l’amour vint s’immiscer entre moi et l’écriture. Il faut dire, qu’elle ne vit pas d’un bon œil, ces relations de passage ou plus longues, me sortant complètement pour certaines, de mon état de transe d’écrivaillon en herbe. Et elle ne se gêna pas pour me le faire savoir, m’envoyant des messages clairs et puissants. Jusque dans mes moindres vaisseaux je ressentis ces abandons textuels, culpabilisant et me sentant dès fois très mal. On ne commence pas des relations textuelles ainsi, sans donner de suite. Lorsqu’on y vient, lorsqu’on se lance, on en a pour perpète, qu’on se le dise… Pas moyen ici d’échapper par des pirouettes de haut vol, à l’emprise du plaisir procuré par cette relation textuelle, et rien, je l’avoue sans vergogne, même pas le sexe, n’égalera jamais cette relation m’emmenant dans des mondes et m’amenant à des frontières, que nulle part ailleurs, ni dans ce monde ni en amour, je retrouverai.
© 2008- Didier Leuenberger - Tous droits réservés.

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