Bon anniversaire !


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            Bon anniversaire !

                                                      

 

Lyon, onze novembre 2007, minuit zéro une. J'ouvre les yeux comme si j'avais demandé qu'on me réveille, ça semble presque inhumain tant c'est précis.

Bon anniversaire vieille branche. Vingt cinq balais et toutes mes dents. Quelques bleus à l'âme, mais rien de bien grave.

 

Je m'assieds sur le bord du lit, contemple mon érection. Je laisse tomber mon visage dans la paume de mes mains en expirant fortement. J'ai envie de me branler, j'ai envie de faire l'amour. Je mérite bien ça.

Je me lève, me plonge dans le rideau, le tire vers le mur et frissonne lorsque mes yeux se heurtent à des giboulées de neige brutalisées par les vents, allant de tous côtés, sans but, sans même l'obligation de se poser quelque part. Je me sens flocon. Un délicat flocon. Mais je n'ai de commun avec lui que la légèreté et encore, pas de cette légèreté faisant rougir les lois de l'attraction mais l'autre, celle rendant la chair de mes joues roses lorsque, obsédé par un corps, je deviens obnubilé par le désir.

 

J'ai vraiment envie de baiser. Je me touche, me tâte, palpe mon sexe. Je suis en manque. En manque d'amour ? ça, j'ai des doutes. En manque d'irritation, de sensations fortes, de brutalité, de chair tout simplement.

 

J'examine le lampadaire scintillant dans la nuit comme dans un conte de fées où la magie ne demande qu'à se dévoiler. Une lueur jaunâtre s'en dégage, chaude alors qu'on se les caille dehors.

 

Je me retourne vers le lit, me rappelle qu'il y a Doris, là, recroquevillée comme un bébé, l'édredon jusque sous son double menton qu'elle entretient en se goinfrant de chocolats belges.

Doris…  Si près et si loin en même temps. Il me semble nous perdre et nous éloigner de plus en plus l'un de l'autre, ces derniers mois. Ses œillades sont moins pétillantes, presque sombres, ses sourires plus forcés. Je ne sais pas pourquoi je me suis couché à côté d'elle cette nuit ; pour quelle raison je me suis blotti tout contre ce corps. Sans doute, pour ne pas être seul. Pour avoir l'impression d'être avec quelqu'un. J'aurais mieux fait d'aller dormir dans ma chambre…

 

Minuit zéro huit, je débande. Je m'en veux. Je me sens minable à l'aube de ma vingt-cinquième année. Une merde, voilà ce que je suis. Une sous-merde. Un merdeux, une pute. Une sale pute.

 

Je m'approche de Doris, soulève un peu le duvet, puis le rabats  jusqu'à ses hanches. Elle ne bronche pas. Elle bourdonne imperceptiblement. Je la considère avec commisération.

Comment puis-je baiser une si vieille dame ?

Je tire l'édredon jusqu'à ce qu'elle se dévoile, entièrement nue. Mon Dieu, quelle laideur. Et dire que certains en peignirent des fresques devenues célèbres.

 

C'est peut-être ce que je mérite. Ma manière à moi de me punir. Mais me punir de quoi ?

 

Doris est gentille. C'est une merveilleuse maman, pas chiante, acceptant mes écarts sans fracas ni blabla. Elle me demande juste de faire attention, de me protéger. C'est une merveilleuse mère, certes, mais aussi une délicieuse suceuse, et surtout, un intéressant compte en banque.

Elle m'a fait quelques câlins hier soir, avant que je ne m'endorme. C'est pour ton anniversaire m'a-t-elle dit, avec un joli sourire faisant rebondir son double menton sur un triple en devenir.

 

Je l'observe, observe ce corps, ma queue semble rapetisser sous mes yeux à mesure que je constate les dégâts que le temps sait si bien commettre, au fil de l'existence. Sans vergogne, accablant et intransigeant, il sait où le bât blesse, il sait comment nous faire avoir des regrets.

Mon Dieu, que cette peau fripée est peu ragoûtante. Comment fais-je pour la désirer ? Mais qui parle de désir ? Je le fais, c'est tout. Comme un chien attendant un bon nonos, je m'acquitte de ma besogne afin de recevoir ma récompense.

 

Elle me trouve beau. Cette vieille casserole me trouve beau. N'importe quoi… Si j'étais si beau que çà, je ne continuerais pas à remuer un potage aussi périmé que celui dans lequel je croupis depuis plus de trois ans maintenant. J'aurais déjà trouvé une personne avec qui construire quelque chose, sinon de grand, au moins de beau. Cette même personne traversant mes nuits comme un hors la loi. Une étoile filante que je n'attraperai jamais, semble-t-il.

 

Je recouvre cette chair et ferme les yeux. J'ai toujours envie de faire l'amour.

Je me promène un instant dans la pénombre, mon sexe se décontractant, une fois franchi la porte de la chambre.

 

Internet passe dans ma tête comme une décharge salvatrice. Je vais allumer l'ordinateur, m'assieds sur la chaise dans le plus simple apparat après avoir fermé la porte. Je positionne la web cam, me roule un pétard, me verse un JB en me souhaitant une bonne bourre. La toile m'attend. Des milliers, des millions d'araignées attendent, suspendues à leur fil et prêtes à bondir sur la pauvre mouche que je suis.

 

Le bip me signale que la connexion est prête. Je me gratte le dos avec mon pouce, remets ma mèche énervante sur la tête. Je tape mon site de prédilection, celui me permettant de survivre sans devenir fou. Celui où je laisse aller mes fantasmes.

 

J'écris que j'ai mon anniversaire aujourd'hui et que j'ai envie. Envie de faire l'amour. Pas un de ces amours virtuels à deux sous. Non, je veux du cul, j'en veux pour mon argent même si c'est pas moi qui paie l'abonnement  AOL. Je veux tâter, je veux le maximum du maximum. Je tiens à pétarader dignement la vingtième minute de ma vingt-cinquième année.

 

La grosse ronfle, les voisins s'enlacent ou ont sans doute rejoint Alice au pays des merveilles. La ville est endormie, mais loin d'ici ou tout près, il y a des centaines, des milliers de corps chauds ne désirant que d'engager le plus beau des duels qui soit.

 

 

 © 2008 - Didier Leuenberger - Tous droits réservés.       

 

 

 

 



Article ajouté le 2008-07-14 , consulté 133 fois

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