Le Monde, épisode 4.

Le Monde

 

                                     épisode 4.

 

 

 

 

Toute la beauté du monde. Il me faut bien ça pour venir à la vie. La vraie vie. Être vivant. Avant, je ne l'étais pas vraiment. Je vivotais, m'évertuais à me fondre dans la masse de tous ces corps sans trop me faire remarquer, mais je ne vivais pas, je n'étais pas vraiment moi-même je m'en rends compte à cet instant.

 

Alors, je suis moi. Entier. Heureux sans en rougir. Je sais que les portes que je viens d'ouvrir ne peuvent se refermer. Tout au plus, m'amener à en ouvrir d'autres…

Je suis moi. Un moi que j'ai traîné dans les péripéties les plus rocambolesques et parfois périlleuses. Que j'ai laissé avoir faim et soif. Avoir peur… Ce moi-là, celui que nous recherchons tous et que nous mettons parfois toute une vie à trouver. Et que nous ne trouvons pas toujours.

Ce moi-là me plaît, me séduit, avec ses affres et ses balafres, ses nombreuses fêlures et sa rage qu'il canalise plutôt bien, au vu de ce qu'il a vécu. Celui-là m'enjolive, et c'est plutôt une chance à cet âge. Une aubaine, pour qui sait le supputer.

Oui, ce moi-là me convient bien. Il n'est pas si mal. Il peut se regarder dans la glace sans détourner les yeux, sans rougir. C'est ce qu'on pourrait appeler : S'Aimer. Et c'est ce qui manque tant et tant. Je le découvre partout. Dans mon pays, mais aussi ailleurs, dans d'autres cultures. Il n'y a pas de frontière. Pas de barrière. Et tant que l'on n'arrive pas à s'aimer soi-même, je ne crois pas qu'on puisse aimer. Vraiment aimer.

   

Alors, je rentre, triste certes, car je ressens la fin d'une période de ma vie déterminante. J'ai de la peine à la lâcher. Je voudrais qu'elle perdure. C'est un peu une petite mort, comme l'adieu à un ami. Comme si je perdais surtout le plus précieux des précieux : ma liberté. Mais qu'à cela ne tienne, qu'est-ce qu'un peu de contraintes sociales face au trésor gagné ?

Tout ne pourra qu'être mieux, plus palpitant. Habité de cet appoint, j'ai le droit d'espérer courtiser les sentiments sans trop en avoir peur. Même les anciens, ceux que j'avais laissés ici, avant de tout quitter.

                                                                                                    

                                                                     Fin

© 2007 - Didier Leuenberger - Tous droits réservés.       



Article ajouté le 2008-07-07 , consulté 85 fois

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