Le Monde épisode 3.

Le Monde

 

                                     épisode 3.

 

 

 

 

 

Une année, allant toujours plus loin, traversant des déserts fascinants, des  mers envoûtantes, des contrées délicieuses. En soulevant les rochers, écartant les branches ou plongeant aussi profondément que mes poumons me le permettent, dans le seul but de me trouver moi-même, enfin.

Mais  après coup, je réalise que j'ai toujours été là, à portée de main et à chaque instant. Je suis allé à l'autre bout de la planète pour tenter de me débusquer alors que je n'avais qu'à ouvrir les yeux et inspirer profondément. Ouvrir mes sens. Mais pour ça fallait-il que je les laisse éclore…

À l'autre bout de la Terre, chercher des morceaux de moi en pensant que ce serait plus facile de les recoller là-bas. Seulement, voilà, et c'est bien connu, ce que l'on convoite est souvent sous nos yeux, mais nous semblons ne pas le voir ou ne pas vouloir le voir.

 

Douze mois, tous plus chargés en souvenirs les uns que les autres, comme s'il m'avait fallu des décors fascinants et différents à ma construction. Comme si cela en était moins effrayant que chez nous, dans ma vie et avec mes repères. Comme si j'avais peur de ce que j'allais découvrir. Si peur, que me démasquer dans un décor idyllique ne peut que mieux se passer. Mais avant tout il me faut affronter mes démons, et c'est en terre inconnue que je décide de le faire. En cette terre, où s'il existe vraiment un Dieu, il semble être partout. Affronter un passé chargé de douleur, je ne m'en rends vraiment compte qu'à ce moment-là, comme si j'avais évolué dans une bulle, que rien ne pouvait venir perturber.

Je décide de la percer. De la malmener. Et c'est ce que je fais. Il faut du courage pour la regarder sans baisser la tête. Bien plus que pour traverser une rivière où la rencontre fortuite avec un reptile géant risque fort de nous arriver. Beaucoup plus de bravoure. Et la chute, si chute il y a, ne peut qu'être plus douce là-bas, que dans ma petite vie misérable, chez moi. Mieux vaut-il se heurter à un soleil qu'à une vie déchue. Ça n'en sera que moins frustrant.

 

Trois cent soixante-cinq jours chargés d'émotions et de découvertes pour enfin me permettre de naître. D'être ce que je suis.

 

Alors, j'explose. Je pousse mon cri au milieu d'un désert aride, après avoir nourri de pain toast une dizaine d'aigles affamés plongeant sur moi comme sur une proie et attrapant, au vol, les morceaux que je leur lance. J'aimerais pleurer. Je me contente de hurler de bonheur. C'est déjà ça. C'est même, très bien. En tout cas, ça me suffit.

 

 

 

 

  © 2007 - Didier Leuenberger - Tous droits réservés.       

 

 

 



Article ajouté le 2008-07-03 , consulté 74 fois

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