Le Monde épisode 1.
Extrait d'un récit : Toute la beauté du monde
Le Monde
épisode 1.
Le monde m'explose en pleine figure comme des éclats d'obus. Mes sens sont sans cesse sollicités. Perpétuellement en émoi. Tout ce que je vis est si fort, si grand. Si puissant, que même faire l'amour me paraît moins intense. Me paraît dérisoire face à tout ça.
En quittant ainsi tout ce qui pouvait m'appartenir, j'ai tout cassé. Tout ce qui fait de nous des citoyens. Des êtres humains tels qu'on les connaît dans la société. Sans doute crédule, je quitte l'Europe en nouveau-né vers des contrées merveilleuses. Des gens et des peuples extraordinaires.
Je commence à écrire, après de longs mois d'abstinence. Je prends du plaisir à relater mes aventures, mes rencontres, à dépeindre les paysages. La page blanche continue à être mon alliée. Main heureuse qu'est celle qui tient mon stylo. Elle extirpe des méandres de mon intérieur nombre d'émotions insoupçonnées. À tel point qu'il me semble chavirer bien souvent après m'être livré. Je ne ressens le besoin de courage comme il me fallut en avoir dans ma relation. Là, tout est plus facile. Comme les pièces d'un puzzle éparpillées, elles se mettent en place sans le moindre mal. Tout naturellement. L'aventure me va comme un gant. Les sans lendemain encore mieux. Ne pas savoir où dormir, que manger, si nourriture il y a, ne m'est pas vraiment pénible. Les valeurs matérialistes, même si je ne fus jamais un consommateur effréné, tombent les unes après les autres. Comme un jeu de cartes qui s'effondre, le monde tel que je l'ai connu succombe à l'instinct de survie. À la vie, simplement. Et ouvrir un robinet d'eau n'a plus du tout le même sens, suivant le pays dans lequel je me trouve, et pour autant qu'il y en ait. Pourtant, et malgré les aléas qui pourraient en déstabiliser plus d'un, je me sens vivre dans la difficulté. Me sens vivre pleinement. Me vois complètement exalté devant ce que la plupart des gens surnomment : l'inconnu. Alors que ça leur fait peur, moi, je trouve plutôt ça enthousiasmant et palpitant. Cela me va à ravir, peut-être parce que je ne savais jamais vraiment de quoi allait se façonner le jour suivant, voir la minute suivante, étant enfant.
Peu importe… En ce moment, c'est être pleinement moi-même, qui compte. Et en possession de tous mes moyens. J'aime. J'aime sans compromis et sans détour, sans aucune entrave et sans la plus petite contrariété. Aucun reproche, aucune attente. Mon corps se fond dans la mer, dans le sable, la terre. J'en tremble de bonheur.
Je traverse les continents avant d'arriver sur le plus éloigné de tous, l'Australie. Le choc est imminent. L'odeur d'eucalyptus enivrante et le cri des kookaburras mélodieux à mes oreilles, alors qu'ils imitent le rire de l'homme d'un ralliement bruyant. Le dépaysement est total. Je ne sais rien de la culture aborigène, mais je me rends compte, en apprenant chaque jour un peu d'eux, que mes convictions, ma façon de voir la vie et de vivre, n'est pas loin de la leur. Touché, je le suis, plus que la raison. À nouveau des rencontres merveilleuses et des animaux surprenants. Les chauves-souris sont géantes et les lézards, des dinosaures pour l'Européen que je suis. Mais tout me va. Y compris les crocodiles et leur appétit vorace. Cela conforte ce que je savais déjà : la vie est extraordinaire.

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