Georges, l'handicapé de l'émotion
Georges, l'handicapé de l'émotion
Georges est un ange comme les autres au premier abord. C'est une fois qu'on le connaît mieux, et tout spécialement qu'on connaît mieux ses proches, que l'on se rend compte de l'ange qu'il est vraiment. Et croyez-moi, j'en ai vu de bizarres chérubins au cour de ma jeune existence, mais celui-là dépasse tout entendement. Un handicapé. Oui, un handicapé de l'émotion, rien de plus, et c'est déjà beaucoup.
Ca existe à Angel City, me demandez-vous ? Bien sûr ! Les anges ne sont pas à l'abri. Les anges, ne sont pas de ces petites choses fragiles à qui tout souris et réussi. Ce n'est pas parce que nous squattons les nuages que nous sommes épargnés par ce genre de problème, car c'est un vrai fléau de nos jours. Et j'ai l'impression que plus ça va, et plus il y en a, de ces maladroits des sentiments, de ces balourds de la discutaille… Bref ! Vous voyez, une vraie plaie d'Egypte je vous le disais.
Mais revenons à Georges, puisque c'est lui que j'ai pu le mieux observer. Georges et son assurance. Georges et son mépris à l'égard de ses proches. De ses très proches… Tout ce qui le fait ou pourrait lui faire trembler sa lèvre inférieure et accuser un regard brillant est détruit systématiquement et sans le moindre regret. C'en est déconcertant, voir, révoltant. Ses deux enfants ne volent pas encore, alors qu'ils ont passé vingt-cinq ans chacun. Un hasard me direz-vous ? A votre place, je n'en serais pas si sûr. Le hasard plus qu'ailleurs, à Angel City, n'a pas cours. C'est un facteur que nous avons retiré de notre vocabulaire, après en avoir débattu longuement. Il fallu batailler ferme pour se faire entendre. Prouver nos dires et amener des faits et gestes cinglants devant la haute autorité, mais aujourd'hui nous savons, qu'il n'y a pas de hasard.
Aussi… lorsque Georges lève le sourcil droit et observe son fils comme le dernier des derniers, croyez-moi, il n'y aura pas de hasard si un jour, Georges s'emmêle les plumes et fait une chute violente sur le sol. Georges aura certainement enfin compris lors de sa descente vertigineuse et sans retour, que c'est vivant, qu'il faut tenter de construire et d'aimer et non une fois blessé ou dépendant des autres… Ces autres, qu'il dénigra tant et tant, et qui, oh miracle, se voient flanqués du plus beau plumage jamais vu dans toute la ville, depuis que leur géniteur ou mari d'ange s'est cassé la gueule et à morflé la poussière…

Commentaires