Extrait d'un manuscrit terminé
Entre frères
Ce soir-là, François était radieux et heureux. Max ne savait pas si son petit séjour de deux jours chez son frère y était pour quelque chose, mais il l'espérait au fond de lui. Cela faisait longtemps qu'ils ne s'étaient plus retrouvés seul à seul. En fait, depuis cette fameuse fois où François s'était torché à l'aide de substituts pas très nets. Max avait abandonné Lola sous ses encouragements. Elle en profita, elle aussi, pour passer du temps avec sa sœur, venue de Perpignan pour choisir quelques habits pour le bébé. Lola aimait beaucoup François et savait fort bien que de se retrouver entre frères, était quelque chose qui lui tenait à cœur, même s'il ne voulait l'avouer ou le montrer.
Ses cheveux toujours plus foncés, ses grands yeux bleus perçants cachés derrière de toutes petites lunettes, son nez fin et lisse et un teint plutôt mat, lui donnaient l'aspect d'un de ces acteurs rebelles en voulant à la terre entière. C'est ce visage-là que Max admirait depuis toujours. Cette figure, belle et meurtrie, que toutes les filles voulaient voir se pencher sur elle. Max lui, ne se trouvait pas franchement beau. Il se trouvait tout ce qu'il y a de plus commun.
François l'emmena dans un restaurant asiatique, non loin de chez lui. Il observa son jeune frère aspirer ses nouilles chinoises en lui souriant. Un de ces sourires charmeur et plein d'affection. Il en fut gêné.
- Quoi ? lui demanda-t-il, la bouche pleine.
- Mais rien, je te regarde manger, c'est tout ! lui fit-il, en aspirant quelques nouilles avec une dextérité que bien des asiatiques lui auraient enviée.
- Comment ça, tu me regardes manger ?
En laissant glisser ses baguettes. Il était nul, il fallait bien l'avouer, pour ce qui était de jongler avec la nourriture chinoise.
- Ben, oui, je te regarde. J'ai quand même le droit de regarder mon frère, non ?
Max acquiesça de la tête en essayant d'enfourner à la cuillère, et des pâtes, et de la soupe. Son frère éclata de rire, puis, redevint aussi calme que d'habitude.
- Ça me fait plaisir Max, que vous m'ayez demandé d'être le parrain. Tu ne peux pas savoir !
Maxime prit son bol dans ses deux mains, et but le reste de sa soupe bruyamment. C'était bien plus pratique pour le maladroit qu'il était.
- On a hésité, tu sais, je me suis dis que c'était peut-être un peu trop vite pour toi. Avec tout ce qui t'est arrivé, je... s'empêtra-t-il en examinant les gens autour d'eux, écoutant ses glouglous.
- Il n'y a pas de lézard. Ne t'en fais pas pour ça, je vais bien, lui dit-il, en lui faisant comprendre d'essuyer sa bouche.
Max ramassa sa serviette tombée par terre, la secoua et se nettoya les babines.
- Je sais François, mais tu parles si peu de toi, que ça me fait dès fois peur, lui dit-il, avec dans les yeux, une anxiété évidente.
Le grand frère tapota la main de son cadet pour le rassurer.
- C'est gentil Maxou, mais je t'assure, tout va bien, finit-il, en cherchant un serveur comme s'il voulait l'addition. Et maman, en appelant un garçon, comment va-t-elle ? Elle est à ce point heureuse ou tu exagères ?
Une fois le serveur devant François, il demanda une autre bouteille de rosé, ce qui inquiéta un peu Max.
- Tu ne devrais pas faire attention, François ? Ce n'est pas très bien de mélanger les médicaments et l'alcool ! lui dit-il, l'air soucieux.
- Max, je te vois combien de fois par année ? Deux, trois fois peut-être, alors j'ai envie de marquer cet événement. J'ai envie de boire un bon coup avec mon frère, voilà tout ! lui fit-il en dégustant le vin qu'on venait de lui verser dans son verre. Il est excellent, vous pouvez y aller ! dit-il au jeune homme paupiété dans son uniforme flambant neuf et leur lançant au visage, ses politesses fraîchement récoltées de l'une des plus prestigieuses écoles hôtelières du pays.
Max se demanda même ce que faisait là ce garçon si poli, et n'avait pas même remarqué qu'ils étaient loin des restaurants asiatiques atypiques, que l'on trouve un peu partout le long des trottoirs. Celui-ci était prestigieux, et il aurait dû s'en douter, car François adorait les ambiances chicos. Il avait juste l'art de le faire se sentir à l'aise dans une salle où la plupart des convives portaient une cravate en soie et un blazer en Cachemire. Il regarda couler le vin dans son verre, et admira la dextérité du garçon, relevant le goulot de la bouteille à chaque fois sans en mettre une seule goutte à côté.
- Tu verras, il est encore meilleur que celui qu'on vient de boire, lui certifia François, sous les airs inquiets de son frère levant son verre pour le faire chanter contre le sien.
- A nous ! porta-t-il un toast, tout en ne pouvant cacher son appréhension.
Ça l'énerva.
- Oh ! Max, dis-toi que je suis un de ces petits branleurs qui prend un peu d'extasy et qui boit un coup par-dessus, voilà tout ! finit-il en espérant le rassurer.
- T'as raison ! lui dit-il, en buvant à sa santé et en lui souriant.

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