C'était merveilleux
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C'était merveilleux
Image Used by permission
Avec l'aimable autorisation de Michael Breyette www.breyette.com
Je me glissai dans mon lit ou il m'attendait. Je l'observai d'abord, le regardai respirer profondément, calmement. J'eus l'impression de voir au-delà de son épaule, de transgresser son intimité et d'être au courant de ses tourments, de ses peurs et de ses doutes. Je posai ma main sur sa poitrine, écoutai son cœur battre sereinement, puis ne pus m'empêcher de lui donner un baiser que ses lèvres écorchées accueillirent avec un petit gémissement de satisfaction. Je m'enfonçai sous la couette, intimidé comme lorsque je fis l'amour pour la première fois. Il était endormi, aussi je me couchai sur le côté afin de ne pas l'embêter, fixai un moment les lumières de l'immeuble d'en face à travers les rideaux. Je crus somnoler, lorsque je le sentis se coller contre moi, ça me fit plaisir. Il se frotta tout contre ma peau comme une chatte en chaleur, s'empara de mon bazar à pleine main. Ses gestes étaient brusques et doux en même temps. Son désir oppressant. Terriblement oppressant. Je me retournai en face de lui, afin d'engager un duel aux sabres; ils étaient solides et tranchants, le combat ne pouvait être que titanesque. Je fixai ses yeux brillants. Ce regard lubrique était celui d'un être plein de demandes déroutantes. Ca se sentait, ça se voyait, ça se reniflait à plein nez. Le vice était inscrit sur ce visage d'ange.
Nos pouls s'affolèrent, notre sang se mit à circuler dans nos veines à la vitesse lumière. Notre souffle s'accéléra. Nos doigts galopèrent sur nos corps, creusèrent les précipices voluptueux et s'infiltrèrent dans les crevasses jouissives, se promenèrent entre nos plis et lissèrent nos imperfections ici et là; s'accrochèrent à nos bourses fermes comme de la rocaille et escaladèrent nos pics respectifs, ouvrirent des portes insoupçonnées qu'aucun de nos sens n'avaient jamais déclarées. Aucune frontière ne leur résistait, aucune barrière, ils exploraient comme un filet d'eau s'infiltre dans la roche, s'incrustant dans chaque recoin; tâtant, pénétrant jusqu'à nous rendre dingues. C'était du délire. Je haletais comme un tigre au soleil, mes poils se rebroussaient et se dressaient, ma salive dévalait le long de ma gorge sans même saluer les amygdales. Tout alla de plus en plus vite : le désir, le plaisir, l'envie de donner et de dominer, l'envie de frapper. « Mais que m'arrivait-il ? »
Je tentai de retenir ces pulsions violentes me faisant un peu peur, il faut bien le dire, mais ce garçon était bien trop excité pour que je ne succombe à ses envies, car c'est de ça qu'il avait envie, mon mignon. De la violence. Je résistai un peu à ses attentes, puis me laissai posséder par ce démon à la beauté méchante. Je ne savais plus très bien ce que je faisais. Je le retournai comme une crêpe, pris d'un accès de folie, et le montai, montai cet étalon sauvage et obstiné, fougueux et indomptable.
Il rua et cria comme si on allait l'abattre, mais je m'accrochai à sa crinière en tentant de tenir en selle. Il semblait avoir la rage au corps et se défit de moi à plusieurs reprises, m'expulsant sur le côté. A chaque fois, je remontais sur la bête et la contrais malgré les éléments et cette houle de désirs violents à laquelle je n'étais pas habitué. Son manège et ses pulsions me lancèrent des décharges électriques et m'incitèrent à le corriger.
Je résistai encore quelques instants, puis devins fou. Je ne me contrôlais plus tandis que les naseaux de ma monture commençaient à fumer. Je tirai violemment sur cette tignasse en l'insultant, lui assainis quelques coups pour mieux le contenir. Cet entraînement me chauffa les sens et éveilla des pulsions de domination insoupçonnées. J'eus l'impression d'être le capitaine Achab chevauchant Moby Dick.
Le lit en trembla, les lampes de chevet furent catapultées sur le tapis, le réveil vola contre le mur et se brisa dans un dernier « dring », mes livres surfèrent sur le parquet, tout devint sans dessus dessous en un éclair. Allai-je dompter ce molosse et assouvir ces ardents désirs ?! Je n'y pensai même pas, pris dans ce tourbillon de folie furieuse. L'excitation que me procurait ce combat était indescriptible. J'en étais le premier surpris et pourtant, je continuai ma besogne et maîtrisai de mieux en mieux ce rebelle.
Mes muscles étaient comme du béton, bandés fermement. Je paniquai un peu lorsqu'il fut temps d'aller chercher les capotes, et que je n'arrivais à atteindre la petite commode, tout à côté de moi. Je fus obligé d'arracher le tiroir, pour qu'il me livre son contenu qui s'égrena sur la peau de mouton. J'aplatis mon amant comme un moustique indésirable, de tout mon poids, afin de le contenir et de pouvoir attraper ces foutus préservatifs. Mais sa patience était inexistante, il me dit d'y aller comme ça, qu'on se foutait bien de ce petit bout de caoutchouc, que c'était bien meilleur sans. Heureusement pour moi, un brin de lucidité m'envahit tout à coup, et me permit dans un ultime effort, d'atteindre un capuchon. Ce geste qui sauve. Je le déroulai sur mon harpon et enfonçai ce dernier sans ménagement dans la bête qui se crispa et se tendit sous mes mains.
J'étais trempe, nous étions trempes, mais cette sueur nous permit de glisser, rendant encore plus palpitant cette course au plaisir. Je m'agrippai à ses oreilles et lui relevai sa belle petite gueule. Nos mouvements frénétiques nous emmenèrent au large, là où bien trop peu de gens vont, se cantonnant si souvent à naviguer dans les bords de côtes abritées.
C'était bon, exaltant, presque douloureux. Notre nage était synchronisée et enivrante... C'était beau, excitant et surtout tellement fortuit.
Nous voyageâmes comme ça pendant toute la durée de cette odyssée spectaculaire. Moi, accroché au dos de la bête et elle, se tortillant de jouissance. Et puis...
La houle se calma, la bête se voulut plus docile et moins téméraire, après que l'orage eut passé. Les muscles du capitaine se relâchèrent, tandis que Moby Dick était inerte, essoufflée et épuisée. Je lâchai prise mais ne quittai ce dos. J'espérai ne pas l'avoir blessé.
J'écoutai sa respiration profonde, me collai à son corps épanoui, abouti, comme si j'avais peur de tomber à la mer. Puis, voyant que les courants s'étaient un peu calmés, je me laissai glisser à côté, le regardai, m'excusai de ce comportement de goujat et ris.
Je lui souris, dessinai sa belle bouche avec mon index, l'embrassai, le caressai, lui soufflai des mots doux. Lui, me contempla d'un regard passif. Je crois qu'il m'aimait et m'imagina avec lui les nuits suivantes.
Il vint mettre sa tête sur mon épaule avant de continuer à festoyer mes atouts.
Nous ne nous sommes endormis qu'après plusieurs feux d'artifice que nous regardâmes comme des enfants.
L'innocence était au rendez-vous, c'en était bouleversant. C'était beau, c'était bien, c'était déroutant.
Je remerciai Dieu, oui Dieu, de m'avoir accordé pareil bonheur. Comme deux amants, nous communiâmes la même hostie, c'était merveilleux.
© 2008 - Didier Leuenberger - Tous droits réservés.

Commentaires
Eric le 22/07/2008 à 21:57:05Magnifique chevauchée érotique! Bravo et Merci à toi pour ce voyage merveilleux