L'Expérience
L’Expérience
La voilà qui arrive sur sa moto, une BMW, et une mille qui plus est, bruyante comme une batterie de cuisine qu’on laisserait tomber sur un carreau. Ouah ! La meuf, le look qu’elle se paie, me dis-je, en admirant bien plus la mécanique qu’elle chevauche que les courbes dont elle est l’heureuse bénéficiaire.
Elle arrache quelques trucs à ses fringues, boucle son casque dans une jolie boîte mauve, me sourie en faisant un signe de la main. En quelques secondes, elle passe du look gay motards à celui d’une chatte en chaleur, impatiente de siroter un martini en posant sa main sur la braguette de son voisin de bar. Elle descend ce qui semble être une jupe. Pas bien bas, j’en conviens... Quelle salope quand-même, me dis-je, en regrettant presque de ne pas être une femme le temps d’un instant.
Irma est toute désignée pour la besogne. Elle se dit capable de tout. J’attends de voir. Je l’ai connu dans une fête foraine. C’est elle qui me dragua. Je prétextai un hot-dog pas bien frais resté sur l’estomac et lui promis de la rappeler. En la voyant, là, se déhanchant comme Adjani dans l’été meurtrier, j’avale ma salive et me dis que je n’aurais peut-être pas dû. Mais il est trop tard.
Pour me mettre dans le bain, on se retrouve derrière un plat de crustacés, tout frais pêchés. Pourquoi faire les choses à moitié quand on peut les faire en grand. J’annonce donc avec fracas le festin qui m’attend, en faisant déguster à mes papilles gustatives un avant-goût du plat principal.
Je veux marquer cet événement. Je veux que cette date soit inscrite dans mes souvenirs de façon à ce que jamais, je ne puisse l’oublier. Mais rien que sa façon de sucer les huîtres et de les laisser dévaler le long de sa gorge, vaut la peine d’être vu, et va rester marqué dans ma mémoire. Cette manière d’aspirer les pinces de crabe en me regardant comme un petit four, c’est déjà du sexe. Ses yeux lubriques, son tee-shirt décolleté, sa jupe à ras la touffe, sa façon de passer sa langue sur ses lèvres rouges, indiquent un plaisir imminent. Il semble qu’il n’y ait que mon zob, qui ne se réjouisse pas trop de cet événement monumental. En tout cas, je ne sens guère de secousses dans la culotte et pour cause... Pour ce qui est d’Irma, ça lui serait difficile d’en sentir, puisqu’elle ne porte rien son morceau de tissu.
Sa manière d’écarter les cuisses lorsque je me baisse pour ramasser ma serviette, afin de me montrer son triangle des Bermudes, n’arrange pas vraiment les choses. Mais je ne me fais pas trop de soucis, je sais pourquoi nous sommes là, et avec toute la philosophie dont je suis doté, j’arriverai à mes fins, je le sens. Même si ça ne se voit pas, là, je fais confiance à cette vamp et à sa grande expérience. Un peu de champagne, mais pas trop, du culot, et bien sûr, cette croque-bites aux dents longues et pointues, sont tout ce dont il faut pour arriver à satisfaire mes attentes.
Nous finissons très vite notre plat et allons à pieds chez Irma. Elle n’habite pas loin de là. Mais le challenge qu’elle a tout à côté d’elle, (c’est à dire moi), semble vraiment bien l’inspirer, et surtout, beaucoup l’exciter.
Dans une petite ruelle où personne ne semble jamais passer, mademoiselle me pousse dans les ordures traînant sur le trottoir. Elle est folle. Et en chaleur qui plus est.
Je me retrouve donc assis dans les poubelles lorsqu’elle s’avance vers moi d’un pas félin, en se touchant comme une de ces filles garnissant les vitrines d’Amsterdam. « C’qu’elle est vulgaire ! » songeai-je en secouant la tête et en ravalant ma salive. « Mon Dieu, qu’est-ce que j’dois faire ? »
Mais je n’ai guère le temps de penser plus avant, que je me retrouve le museau collé à ce qu’il semble être le dessert. Elle me tient la tête par les cheveux, me la tord et gémit, avant même que je n’ait l’occasion de desserrer les dents. « Baise-moi, beau gosse ! Baise-moi !»
Ce que je ne peux faire. Pas dans ces conditions. Pas comme ça. Je la repousse aussi sèchement que si je me battais avec un furibond, et lui demande de se rhabiller décemment. Ce qu’elle fait, sans se vexer le moins du monde.
Arrivés chez elle, je suis projeté sur la peau de mouton avant avoir pu admirer la couleur des murs, et l’air plutôt inquiet je l’admets. Disons, que je réalise enfin ce pourquoi je suis là, et la détermination de cette fille.
C’est qu’en règle générale, ce sont les mecs qui ont les yeux rivés sur les fesses et les miches de ces donzelles. Mais là, le regard d’Irma ne cligne pas d’un cil et semble collé à ma braguette. Je ravale ma salive, plutôt deux fois qu’une, avant que cette hystérique ne plonge entre mes jambes, et m’arrache mon jean. « Mon Dieu, que je me dis en sentant ma saucisse se rétracter comme jamais, elle ne va jamais la trouver. »
Mais apparemment, toute la facilité du mâle en rut, détaché de tous préjugés et ne pensant qu’à son plaisir, me sert ce soir. À moins que ce ne soit le champagne…
Lorsqu’elle s’empare de mon jouet, je laisse tomber ma tête en arrière, les poings serrés et tous les muscles bandés. Je ferme ses yeux caressent mon ventre et qu’elle m’octroie de la plus douce des câlineries qu’un homme peut espérer. « Va bien ! Aucun bellâtre ne vient chatouiller mon imagination. Rien, pas le plus petit poil de torse ne titille mes sens » Je suis bien avec une femme, et je commence à m’inquiéter quand à mes penchants et ma si grande assurance envers mes congénères dont j’aime tant les atouts certains. J’imaginais avoir besoin de voir en permanence défiler des garçons dans ma tête pour arriver à bander, mais rien n’arrive… Jusqu’au moment où elle se plante sur moi, pour venir s’y percher. Je suis surpris par sa manière de se tordre dans tous les sens, de gémir aussi bruyamment mais je ne défaille pour autant.
Bien sûr, je manque d’initiatives et elle me le fait vite comprendre en me poussant mes coudes sur lesquels je suis appuyé, afin de libérer mes mains.
Elle porte ces dernières à ses balcons, tout en les forçant à tâter. Quelle drôle d’impression... J’ai déjà dû malaxer toutes sortes de tarés côté nichons, afin de leur déclencher des frissons dans tout le corps. J’ai dû tirer sur des anneaux, marcher sur des torses et les écraser, les pincer, les mordre et j’en passe et des meilleurs mais jamais la grandeur de leur poitrine n’a dépassé celle d’Irma. Ni celle d’aucune femme d’ailleurs. Non ! Là, je suis en train de peloter de vrais nibars. Avec méfiance et une certaine « aversion », je l’avoue.
Je me force donc à pétrir ce pare-choc et ce n’est qu’à ce moment-là que je commence à déplorer quelques manques masculins, comme des poils par exemple, ou des muscles saillants. Des veines le long de bras puissants. Ne pas pouvoir toucher des fesses bien dures et rebondies devient le plus grand handicap... Bref ! Je commence à sentir l’abandon de mes envies éphémères et je cède à des besoins m’étant propres, et aux fantasmes habituels. Miss quéquette en pâtit et se ramollit un tout petit peu. Disons qu’elle n’est pas adaptée, il me semble, aux cris et aux gémissements que cette folle laisse échapper. Et quelle folle. J’ai l’impression que son minou ne va plus me rendre mon poisson rouge. Qu’elle va me fracturer mon os à moelle ou m’esquinter mes boules.
Ses lèvres pulpeuses sentent bon la fraise, pourtant j’évite sa bouche, de peur d’être déstabilisé ça de plus. Je ferme les yeux et me concentre. J’ai envie d’en finir, mais ce n’est pas si simple, tout à coup. Il faut que la bonne image passe devant mes yeux... Comme je ne trouve pas de bons repères chez mes ex petits copains, je cherche plus loin, chez les acteurs. De cinéma d’abord, puis, voyant l’inaccessibilité à me faire des mecs comme ce cher Mel ou ce charmant Brad, je me déporte sur les petites salopes du porno gay, que je regarde de temps à autre. Bon, d’accord… que je mate plutôt souvent en m’astiquant le poireau. C’est une de ces stars du X qui me permet de laisser se détendre mes muscles. Un quart de seconde suffit à ce petit bandeur professionnel, passant dans ma tête comme un électrochoc, pour me rendre toute chose. J’accuse cette petite faiblesse si agréable après l’effort non sans fierté et un certain soulagement je l’avoue. Lorsque je rouvre les yeux, mon regard se heurte à cette nichonnaille et ce corps de femme, encore tremblant de plaisir. Je mes sens soudain un god qu’on vient d’utiliser. Il manque quelque chose, il ne peut que lui manquer quelque chose de fondamental pour qu’Irma se dise vraiment comblé. ET je m’en fous un peu à vrai dire… Le but n’était pas de chérir mais de tenir, simplement.
Je suis pris d’un malaise tandis qu’elle remet ses cheveux en état. Elle me demande mes impressions. Je sors du bout des lèvres : « C’était pas mal ». Elle le prend comme un compliment, m’embrasse et me propose une autre posture. Je tâte mon trois pièces, histoire de voir si rien ne manque, lui sourit et me sent soudainement tout petit devant Irma. Est-ce ce sentiment que les hommes ressentent après avoir fait l’amour à leur femme ? Est-ce le plaisir qu’elles leur ont donné ou la peur d’être dominé car les femmes ont toujours le dernier mot, quoi qu’on dise. En tout cas je n’éprouve jamais pareille sensation après l’amour avec un garçon.
Je m’endors dans ses bras, constate la douceur de sa peau et hume son délicat parfum de musc. Je rêve d’hommes. Et jamais je ne rêvai d’autant d’hommes à la fois. Je crois même, avoir vécu la plus gargantuesque partouze de toute mon existence, là, ma petite tête posée sur le sein de cette femme. Sur le cœur de cette généreuse m’ayant donné de son temps l’espace d’un plaisir, et afin d’être sûr que je ne trahirais plus jamais mes rêves à l’avenir…
© 2009 - Didier Leuenberger - Tous droits réservés.

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