Parce que ça concerne tout le monde...

Quand consommation rime avec destruction

Voici un très intérressant court métrage nous concernant tous, y compris le onde des arts et bien entendu, le monde du livre... Lisez et visionnez plutôt :
A l'heure où le géant Microsoft va lancer son tout nouveau système d'exploitation, Windows 7, "The story of stuff", un court-métrage, questionne nos manières de consommer. Instructif et passionnant.

 

Très dense, ce court-métrage couvre diverses questions: les modes de productions, la gestion des déchets, la commercialisation abusive et l'externalisation des coûts (délocalisation), le partage des ressources, ou encore le rôle des grandes firmes transnationales et leurs pratiques dans le monde. Au fond, le film amène à se poser des questions fondamentales sur les choix à faire pour gérer les ressources planétaires sans l'attitude schizophrénique consistant à demander des conditions de production décentes dans nos pays et à ignorer les mêmes pratiques ailleurs. Il reconnecte le monde avec lui-même en répartissant la responsabilité entre les différents acteurs: les multinationales, les décideurs politiques et les consommateurs. Enfin, le monde fait sens.

L'une des questions que pose ce petit film est de savoir si on peut maintenir une croissance raisonnable tout en résorbant le gaspillage colossal de matériel et de biens issu de notre consommation. La progression de l'informatique et de l'électronique dans nos modes de vie donne un aperçu tangible. Lorsque Windows Vista était sortit en 2007, il n'était fonctionnel que sur 10% du parc informatique.
Cela reléguait la plupart des ordinateurs au rang de vieilleries. Pour l'utiliser, il fallait opter pour du matériel plus performant, « up to date ». Le monde de l'informatique n'est qu'une partie de l'iceberg de nos habitudes de consommation. Et plus largement, le film responsabilise les grandes firmes industrielles dans le domaine de la santé publique. Cette logique est transposable à d'autres domaines comme l'agro-alimentaire dont on ne parle pas forcément dans le film. Dans ce dernier cas, le développement des semences brevetées OGM forcera bientôt les agriculteurs à racheter chaque année leurs semis auprès de fournisseurs pour être suffisamment compétitifs. Ou comment créer un monopole et générer un marché de milliards de dollars, mais là aussi, l'éveil citoyen suscite des résistances (pour ce sujet voir le lien du dossier spécial du Monde diplomatique sur l'entreprise Monsanto).


Fruit d'une longue enquête d'Annie Leonard, engagée dans les questions d'écologie depuis longtemps, le film est le résultat de dix ans de voyages dans plus de 40 pays à travers le monde, dans lesquels la jeune américaine a visité de nombreux sites de production. En deux décennies, elle a approfondi les questions de santé environnementale et de justice sociale. The story of stuff, l'histoire des choses, est un condensé de son expérience de terrain. Autour de la vie d'un i-pod, de sa fabrication à sa destruction, le film met en lumière la vie des biens de consommation en général et propose une vision politique alternative. Passionnant, didactique et bien fondé, ce court métrage ne se contente pas de critiquer les dysfonctionnements de notre mode de vie actuel, mais lui oppose une solution attrayante. Plus largement, il propose une vision politique regroupant le désir de progrès et de justice social avec la protection de l'environnement, les avancées technologiques servant la cause humaine. La croissance économique n'est pas pour autant diffamée. Elle est un moyen d'améliorer le niveau de vie des gens, mais pas la finalité. Dans un contexte où les politiciens tentent de serrer la vis dans le domaine de la finance, toutes ces questions recoupent celles d'une reprise en main du domaine économique par le politique. Sans dogmatisme, façon «Yes we can », le film est très engagé et il suscite des réactions. Aux USA, la controverse a commencé. Animée par un présentateur de FoxNews, Glenn Beck, ultra-conservateur et mormon accompli, dénonce l'utilisation de ce film par des enseignants à travers le pays. Il faut dire que le film comptabilise déjà plus de sept millions de visionnements. Face à la loi des entreprises multinationales et aux excès qui ont eu lieu ces dernières années, le message est clair. L'humain est ici au centre de la réflexion. Enfin, on se remet à rêver.
Ni condamnation de la technologie, ni dogmatisme écologiste, The story of stuff montre avant tout que les changements et les progrès sont une question de mentalités des différents acteurs. C'est sans doute là son principal mérite. Pas besoin de changer ses habitudes jusqu'à devenir amish. Un peu de bon sens et de justice sociale feront l'affaire.
Alors, utopie ou question de volonté politique? En tous les cas, il faudra être patient même si l'on peut se réjouir d'ores et déjà de la démarche.

(ag)


 




Article ajouté le 2009-10-26 , consulté 17 fois

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