Tronche de Gland
Tronche de Gland

Gérôme n’avait encore jamais été confronté à ça. Et son fils ne semblait pas en rester là. Il se tenait devant lui, les mains sur les hanches et l’air renfrogné. Il attendait une réponse et une bonne réponse qui plus est. Pas une de ces entourloupe d’adulte ni une de ces pirouettes de menteur débutants pensant que tout enfant ne peut détecter ces facéties.
Le papa leva les yeux au ciel en secouant la tête. « Qu’est-ce que tu veux que je te dise Oscar, t’as pas l’âge de comprendre ces choses-là ! »
Si c’était pas malheureux un papa si dégonflé. Le garçon haussa les sourcils et fit la moue en soupirant devant si peu d’intrépidité. Marc lui, au moins il n’avait pas peur de parler et surtout, de montrer. Bon d’accord, il avait treize ans et ce n’était pas son père, mais il faut bien dire que ce copain de quatre années son aîné lui apprenait plus sur la vie, et tout particulièrement sur ce qui se passait dans leur culotte que son papa et sa maman réunis. De vrais poules mouillées lorsqu’il y songeait ces deux-là.
Il est vrai que depuis que Marc avait le slibard un peu plus lourd et le zizi lui démangeant les sens à tout instant de la journée et de la nuit, la fratrie du groupe d’amis que composait Marc, Oscar, Michel et John se voyait quelque peu chamboulée. Et des réponses devaient être trouvées pour les plus jeunes sans quoi leur cerveau allait exploser, à coup sûr.
Et pis d’abord, est-ce que c’était normal d’avoir tout à coup la quequette toute dure ? Est-ce que ce n’était au moins pas une maladie ? Même si Marc avait l’air plutôt bien, peut-être ne se doutait-il pas que c’était une maladie… Après tout, il pouvait bien leur dire ce qu’il voulait. En attendant, rien ne se passait vraiment d’étrange dans leur slip à eux, et ils étaient plus nombreux. Marc ne pouvait qu’être atteint d’une maladie étrange. Peut-être même que son zob allait se transformer en quelque chose que même son père ne connaissait pas.
Devant cet air accusant tant d’interrogation et un brin de panique traversant l’iris de son fils, Gérôme se décida à prendre les devants, même s’il pensait que c’était trop tôt pour ça et même s’il espérait que le peu d’éducation sexuelle qu’il suivit à l’école lui aurait été plus utile que çà. Mais apparemment, ça ne suffisait pas. Comment donc expliquer à un gamin de neuf ans les prouesses de son sexe, se demanda le papa, en s’arrachant les cheveux.
« Bon, d’accord, je vais t’expliquer Oscar, mais promets-moi de ne pas poser de tes questions stupides ! » le supplia-t-il, en ravalant sa salive. Le garçon fit un oui de la tête, même s’il ne lui sembla à aucun moment avoir posé une seule question stupide de toute sa jeune existence. Y a-t-il des questions stupides d’ailleurs ?
« Marc n’est pas malade Oscar. Il grandit, c’est tout. Et lorsqu’on devient grand, le zizi des garçons pousse aussi, c’est aussi simple que çà !
- Pourquoi tu me l’as pas dis avant !
- Parce que… Je croyais que tu n’allais pas poser de ques…
- C’est pas une question stupide ! se défendit le garçon en soutenant son regard.
- Bon d’accord. T’as raison. Alors c’est très simple. Enfin…
- Il nous a dit qu’on était des tronches de gland ! C’est quoi un gland ?
- Laisse-moi finir de répondre à ta question précédente veux-tu ! C’est… J’en étais ou moi déjà ? Ah oui ! Ce sont des choses naturelles, Oscar. Pour nous les garçons, lorsqu’on arrive à l’adolescence, on a les poils qui poussent, on développe une plus grande musculature et nos organes génitaux deviennent à maturité.
- Ca veut dire quoi ce charabia ! C’est plus simple quand Marc nous montre…
- Oui, ben… Tu diras à ce Marc que ça ne se fait pas de montrer sa bistouquette à tout le monde !
- Pourquoi ?
- Parce que !
- Pourquoi ?
- Parce que je te dis ! C’est comme çà !
- Pourquoi ?
- Mais… Oh ! Quel chieur tu fais quand tu t’y mets ! (Il sourit en levant les yeux au ciel) Parce que c’est intime cette partie-là du corps. On ne montre pas sa quequette au premier venu.
- Marc il était sûr que t’allais dire çà.
- Et alors ?
- Et alors il dit que c’est parce que t’as honte c’est tout ! Ou que t’en as une minuscule ! Sinon tu la monterais !
- Enfin, Oscar ! On ne montre pas son zizi comme çà. Qu’est-ce qu’il vous raconte ? Il faudra que je parle à son père, c’est n’importe quoi !
- Surtout pas ! Il a dis que si tu faisais çà, jamais il se passerait quelque chose dans nos culottes !
Gérôme commençait à se perdre dans les remontrances et les menaces, et son fils s’enfonçait de plus en plus dans son fauteuil, ce qui n’était guère encourageant pour parler d’une chose si importante.
- Bon, soit, je ne dirai rien à son père ! Mais promets-moi de lui dire que ça ne se fait pas ces choses-là lorsqu’on est un homme, ok ?
- D’accord !
- Promis ?
- Promis ! répondit-il du tac au tac. C’est quoi le sperme ? enchaina-t-il immédiatement.
Gérôme sentit sa tête rougir et les neurones lui semblèrent imploser dans son crâne de chauffeur poids-lourd.
- Bon, écoute-moi Oscar ! Marc n’est pas malade, tu comprends çà. Toi, bientôt ton zizi va aussi grandir. Et lorsque ça arrivera, tu ressentiras dans ton corps toutes sortes de sensations. Tu ne comprendras pas tous les messages qu’il te lancera mais tu ne pourras les ignorer.
- Comme un code secret que je devrai déchiffrer ?
- Pas vraiment. Comme un outil qu’il te faudra apprendre à utiliser ! Comment expliquer çà… C’est un peu… Un peu comme quand on élève ses enfants, tu vois ce que je veux dire ?
- Non !
- Voyons Oscar. Je ne te laisse pas faire n’importe quoi tu es d’accord. Je ne te laisse pas parler n’importe comment non plus !
- Même que dès fois t’exagères ! Mais j’vois pas le rapport avec mon zizi !
- Le rapport…. Le rapport est que son zizi, lorsqu’il commence à devenir adulte, il faut lui apprendre les bonnes manières et ne pas le laisser faire n’importe quoi. Savoir lui dire non lorsqu’il à envie qu’on le tripote, tu comprends çà !
- Pourquoi je le tripoterais ?
- Oh, mais c’est pas vrai… quel emmerdeur tu fais, toi ! T’es pas le fils de ta mère pour rien !
Un silence suivit d’un malaise mis très mal à l’aise le père.
- J’ai déjà vu le zizi du nouveau copain de maman tu sais, il est én…
- Oui, ben ça va ! Ferme-là maintenant ! l’engueula-t-il, en allant se placer derrière la fenêtre et en regardant les branches des arbres se balancer.
C’est dans ces moments-là qu’il regrettait le plus d’avoir pris la garde de son fils. Il lui ferait bouffer son cartable s’il s’écoutait, lorsqu’Oscar lui jette des détails si concis sur les faits et gestes de son ex femme mais surtout, lorsqu’il lui balance les bonheurs et les petits plaisirs qu’elle vit depuis qu’ils s’étaient séparés. Et ils n’étaient pas rares.
- Marc il dit que c’est génial quand on devient un homme et qu’on a le bout dur ! Il dit que c’est comme des montagnes russes, en plus grand !
- Ah oui ? Repose-lui la question dans dix ans un peu pour voir ! lança-t-il d’un ton plein de sous-entendus et de remontrance. L’air évasif et absent.
- Bon ! T’as pas fini de m’expliquer ! Je ferai comment moi, avec mon zizi lorsqu’il poussera ?
- Tu lui apprendras les bonnes manières, c’est tout. Et n’oublie pas qu’il n’en fera qu’à sa tête ! Si toi t’as déjà une tête de boc, dis-toi que ton zob ce sera dix fois pire. Tu verras. Il te cherchera sans arrêt. A tout moment t’auras envie de tirer dessus et de t’amuser avec. C’est normal.
- Ah bon ?
- Seulement… il faut apprendre à se contenir et calmer ses ardeurs !
- Ca veut dire quoi çà ?
- Que ton zizi va prendre une place très importante dans ta vie lorsqu’il deviendra comme celui de Marc ! Et qu’il ne faudra pas le laisser prendre le dessus, tu m’entends ?
- Il est intelligeant ?
- Pas intelligeant mais puissant ! Il est malin aussi et sait exactement ce qui peut te faire craquer. Il va souvent avoir le dessus crois-moi ! Tu vas en faire des conneries ! Des boulettes que tu regretteras peut-être toute ta vie !
- J’suis une de ces boulettes papa ? demanda-t-il, le regard brillant et sortant de son fauteuil.»
Gérôme ne savait plus quoi faire ni que dire. Ses paroles avaient dépassées ses pensées. Il s’en retourna à la fenêtre et fit un geste de la main signifiant qu’il avait envie de rester seul. Le garçon resta pantois et sans voix. Il ne bougea pas de longues secondes, avant de détourner les talons et d’aller jouer dans sa chambre. Même s’il savait que son père regrettait ce qu’il avait dit, ne le pensait pas tout simplement, il sentit l’immense détresse d’un père et la tristesse que tout son corps laissait transparaître. Il avait beau se coller à la fenêtre et faire semblant de regarder les arbres dehors, Oscar n’était pas dupe, il n’ignorait pas que son papa ne se remettait pas de son divorce, et çà, c’était sans doute la plus grave des maladies que le garçon n’ait jamais vue et entendue de toute sa vie. Gérôme avait beau se cacher lorsqu’il ingurgitait ses pilules en certifiant que ce n’étaient que des vitamines, Oscar lui, savait que ce n’était pas vrai.
S’il ne résolu pas le mystère du zizi ce soir-là, il songea que si c’était ces ressentiments-là qui s’annonçaient, une fois notre zizi adulte, et bien les montagnes russes que vanta tant Marc, ne devaient pas être aussi enivrantes que çà en avait l’air. Sinon, son père serait quand-même un peu plus heureux que ce qu’il semblait être, et que ce n’était que le début, d’une multitude d’emmerdes auxquelles il était bien difficile de faire face. Même pour le plus fort et le plus malin des hommes…
© 2009 - Didier Leuenberger - Tous droits réservés.

Commentaires
m-danielle le 12/10/2009 à 10:14:28super!!!