WILD WEST

WILD    

       WEST

 

 

            

           

 

De toutes les histoires lues dans mon enfance, celles des cow-boys et des Indiens, mais tout particulièrement, celles des pionniers, me fascinèrent.

Plus intéressé par les bagarres de saloon et les tipis des tribus sauvages qu'autre chose, je ne me rendis pas vraiment compte à cet âge-là, que plus que toutes ces histoires de dualité, c'était le décor dans lequel se débattaient mes héros qui m'envoûta en vérité.

 

Aussi, une fois adulte, je me retrouvai tout naturellement dans un avion m'emmenant vers l'Ouest américain. Le cœur serré et le souffle coupé, j'atterris enfin dans cette partie du globe ayant bercé mon enfance.

 

J'avais de l'Amérique et comme bon nombre d'Européens, l'image du hamburger et des grandes métropoles, de la voiture et des armes, de la démesure et de la violence, de la superficialité. Mais c'était sans compter sur le pouvoir et la puissance d'une nature, jamais domptée, et dont je fus immédiatement happé, comme ensorcelé.

 

Ces grands espaces, au lieu de m'isoler et de m'inquiéter, comblèrent toutes mes attentes d'aventurier en herbe et d'indépendance.

Plus que dépaysante, cette immensité envoûtante, nous rend cette âme d'enfant que l'on avait délaissé quelque peu, avec le temps. Là, au milieu de ces géants de pierre, de ces déserts arides, de ces torrents nerveux et de ces canyons indomptables, la clepsydre se vidant paraît ne plus avoir aucun pouvoir sur l'avenir. Les couleurs chatoyantes teintées d'ocre ou de rouge au crépuscule, coiffées d'un ciel bariolé et tourmenté à cette époque de l'année, pourraient bien nous faire oublier notre propre nom, tant le spectacle est prenant.

 

Ainsi parcourrai-je, à maintes reprises, cette région du monde, mais l'hiver et ses caprices imprévisibles me manquaient pour fermer la boucle des saisons de ce Grand Circle d'un Ouest américain tenant toutes ses promesses. Aussi, n'hésitais-je pas une seconde lorsque l'occasion se présenta.  

 

 

Je savais que j'aurais droit à de l'extraordinaire, à des scènes particulièrement prenantes et enivrantes, le froid et la neige accentuant les couleurs et le sauvage de telles contrées, et je ne fus pas déçu.

 

Je restai bien souvent la bouche ouverte, tel devant cet immense monolithe orangé par un soleil qui n'arrivait pas à réchauffer mes mains tant le vent était intransigeant et glacial.  Je m'imaginai, a moult reprises, caché derrière des rochers, un groupe de cavaliers surgissant de nulle part et prêt à en découdre avec moi.

 

Seul ou presque, j'extrapolai, m'imaginai flanqué d'un chapeau de farmer et d'un colt, chevauchant à travers les vallées extraordinaires de ce grand plateau du Colorado. Me heurtant aux poils d'un coyote intrépide, j'éviterais de justesse un roadrunner en pleine course. Un aigle me survolerait, prêt à fendre sur le Jackrabit que je viendrais d'abattre. Un cri strident au loin ferait ruer ma monture, je tomberais, mordrais la poussière pour me retrouver nez à nez avec un crotale, tous crocs dehors, et prêt à me malmener. Doucement, je reculerais sans ne jamais le perdre de vue, sans gestes brusques. J'enfourcherais mon cheval pour galoper jusqu'à un joli coin afin d'y camper et de me faire du café, un doux clapotis d'eau de rivière dans mon dos, calme pour l'occasion.

 

Bien sûr, tout cela ne m'est pas vraiment arrivé, et en guise de monture, c'est un puissant Dodge, XXI siècle oblige,  qui me servit de transport, mais cela aurait pu se passer, et je pèse mes mots. En tout cas, si j'avais conté cette histoire aux gens du coin, cela n'aurait sans doute surpris personne ici, car la vie y est abrupte et sans concession. Les nombreux mobiles homes égrenés le long des routes, où vivent toutes sortes d'originaux, en sont la preuve. Des rencontres incroyables dans ce no man's land qui peuvent s'enorgueillir de rendre encore plus palpitant notre voyage. Des hommes sans fard et authentiques. Loin des Golden Boys de Wall Street ou même, des hippies de San Francisco, même s'ils semblent plus proches de ces derniers que du monde de la Finance.

Lorsqu'on parle avec eux, et pour autant qu'on les comprenne, on ressent d'emblée qu'il n'y a guère de place pour le clinquant et le futile, les mots sont à l'économie ainsi que les gestes. Ils sont rudes, sans vernis et le plus souvent ignorant d'un ailleurs qu'ils n'auraient pas forcément envie de connaître. À l'image du désert, froid en hiver, et bouillonnant en été. Des hommes s'étant adaptés à ce qui semble presque impossible, pour les modernes que nous pensons être. Ou du moins, à peine envisageable, le confort d'une roulotte branlante nous renvoyant a nos doutes.

 

Le ciel tout en nuance, menaçant et impitoyable, nous le rappelle à tout instant. Les orages, ici, sont à l'image de ce qu'on y voit : sans mesure aucune. Soudains et assourdissants, je peux le dire pour y avoir été fait prisonnier un jour où un canyon se rebella et déborda de son lit en un claquement de doigts. Une vague fendant le désert, je peux vous dire que ça en jette, que c'est plus qu'impressionnant, mais la beauté de cette énergie rasant et charriant tout sur son passage,  je n'ai pas eu le temps de la contempler bien longtemps, trop pressé de reculer, pour m'extirper de ces griffes où une mort certaine m'attendait, à n'en pas douter.

 

Et puis le calme, le silence, ce silence étrange propre aux fins de tornade, tandis que nos yeux brillent au spectacle qui s'offre à nous : rochers et troncs entiers sont en travers des routes, toits de maisons et véhicules qui jonchent dans les prés comme des épaves malmenées par la houle.

 

Quelle puissance, quelle énergie pour un pays s'obstinant à ne pas tenter de contenir le renouvelable. À s'entêter de creuser la terre, partout, pour y débusquer la moindre goutte d'or noir.

 

Oui, ces quelques faits relatés sont, je crois, ce que l'on peut appeler de l'aventure… Comme un immense parc d'émotions, ces endroits protégés semblent plus fort que tout, plus fort que le vent, que la terre tremblant, que même les volcans, mais la roche est friable, ne l'oublions jamais, et les ressources épuisables…

 

Pour conclure, c'est je pense la beauté de tout ça, ce mélange de splendeur et de fantastique, de démesure et d'imprévisible qu'il faut garder de l'Amérique. Car l'Amérique, celle dont on parle si souvent, celle qu'on envie ou qui rebute, c'est avant tout ce décor rocailleux et ces couleurs, où le wild nous transcende et le merveilleux nous émeut. Oui, l'Amérique, celle de mes rêves, celle qu'on devrait admirer sans ressentiment aucun, sinon l'admiration. Cette Amérique existe bel et bien, et j'espère qu'on saura la préserver pour quelque temps encore…

Que l'oncle Sam prendra conscience, enfin, de l'immense richesse de ses trésors que sont ces landes en sursis, se portant encore garant d'un passé géologique des plus révélateur et de décors prodigieux cautionnant les rêves les plus fous. Une immensité implacable et enivrante qui nous laisse paraître si petit, qu'on ne peut que forcer le respect et écouter le vent nous murmurer les légendes d'hommes, ayant sillonné ces contrées avec de grands yeux papillonnants et toujours, emplis de crainte …

                                                        

                 

© 2009 février - Didier Leuenberger - Tous droits réservés.                                                    



Article ajouté le 2009-09-29 , consulté 22 fois

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