Marre de cette vie-là !
Marre de cette vie-là !
Voilà, je m'en vais. Marre de cette vie-là. Marre de ma femme et ses tagines végétariennes. Marre de ma marmaille braillant à tue-tête et me cassant les oreilles. Marre de cette baraque se délabrant sous nos yeux de jour en jour. Marre tout court !
J'ai pris les devants. J'me suis trouvé une belle blonde. Une suédoise aux pieds blancs comme neige. Une vieille, ça j'en suis bien conscient. Mais j'ai rien à redire là-dessus, j'suis plus tout frais non plus. On a eu un coup de foudre, lorsqu'on s'est retrouvés côte à côte à vouloir le même morceau de viande. Tiens, me dis-je, une carnassière ! Je lui ai laissé le meilleur morceau d'agneau, et je l'ai invité à boire un thé sur la place. J'avais rien à perdre de toute façon.
On a fini chez elle, à se ruer sur la bête et ronger l'os qu'elle cuisina à merveille. On à continué le festin dans sa chambre, et elle en voulait la vieille peau. Y faut dire que j'étais assez fier de ma performance, alors que je n'avais plus fais l'amour à ma femme depuis tant d'années… Bon, remarquez, s'adonner aux pratiques de l'amour tout en habits, et ce, sur la table de la cuisine en faisant attention à ne pas réveiller les gosses, n'a rien de vraiment érotique, mais il faut bien dire aussi qu'il y a une année en arrière, je ne me posais pas toutes ces questions. Je ne savais même pas ce que voulais dire le mot : érotique… Et voilà que cette vieille folle me fait découvrir le sens de ce mot magique. Voilà, et au détriment de ma progéniture et de toute la famille, m'ayant répudié à jamais, que j'ai l'impression de découvrir mon sexe pour la première fois de ma vie. Je suis certain que nous sommes ridicules tous les deux, à nous entremêler ainsi, à nous frotter nos peaux fripées et nous voler des baisers comme des jeunes de vingt ans, mais c'est si bon. Si revigorant. Si bienfaisant.
Non pas que cette troll de malheur m'aie possédé ou lancé un sort, ce que tous mes proches crurent, ici, dans mon si beau pays que j'aime tant. Mais l'amour, autrement qu'à travers les clichés et les lignes de conduites religieuses à suivre, ça peut aussi exister, j'en suis un exemple vivant. Oh ! Bien sûr, je sais que je ne reverrai sans doute jamais plus mes enfants. Nous avons du changer d'endroit et nous faire le plus discret possible, mais je dois avouer sans la plus petite once de honte, qu'avoir été marié à une inconnue en lui promettant des choses que l'on ne peut promettre qu'à une personne habillé du seul amour qu'on reconnaitra, ne me cause aucun problème de conscience.
Oh ! Je sais ce que bien des gens diront… Et les enfants… Et bien que certains n'entendrons pas ce que je vais écrire ici, et bien je les aime, ces enfants. Mais je leur souhaite d'aimer un être choisi par le frémissement de leur sensibilité et non la bienséance d'une horde familiale ne nous voulant que du bien, je le sais.
À mes enfants je peux le dire ici, ne jugez pas trop durement votre père mais voyez plutôt et ce, malgré votre souffrance, les bienfaits d'un bonheur cueillit même tard, et au grand damne de la morale. Pour ce qui vous concerne, je m'arrange tant bien que mal avec ma conscience mais sachez que je vous aimerez toujours, moi, l'otage d'une culture si belle pourtant…
© 2009 - Didier Leuenberger - Tous droits réservés.

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