Narcisse

                 Narcisse

                

Image Used by permission Avec l'aimable autorisation de Michael Breyette

 

 

Oscar avait tout pour lui. Il semblait avoir été bercé par les Dieux de l'Olympe eux-mêmes, tant tout ce qu'il entreprenait remportait un franc succès. Je ne veux parler ici bien sûr, que de ses conquêtes dont il fit une quête. La seule, l'intéressant à vrai dire.

Admirable séducteur, il maniait au mieux ses atouts, et fier, déployait sa queue de paon le moment venu, faisant succomber les proies les plus récalcitrantes et les plus improbables. Magnifié d'une solide expérience avec les années, la trentaine bien sonnée lui seyait à ravir et ne faisait qu'amplifier son charisme et son sex-appeal.

Un Don Juan. Un tombeur, un sexe ambulant, tout lui allait du moment qu'on lui reconnaissait une qualité rapportée au sexe. Et son sexe, pour ne parler que de lui, de bonne grandeur et plutôt dur que molasse, ne disait jamais non à un petit orifice quel qu'il soit. Ainsi goûta-t-il aux joies de nombres incalculables de cons mais également de cul bâillant et accueillants sans distinction de sexe. Tout allait à Oscar. Et il ne se priva pas pour tout essayer. Des jeunes donzelles aux puceaux curieux de toucher un sexe d'homme et comparer le leur.

Oscar était un cochon. Un doux cochon ne donnant pas dans la vulgarité ni l'extrême et le trash. Cela ne l'intéressait pas. Et s'il ne tombait jamais amoureux de ses conquêtes, il éprouvait une sympathie à leur égard qu'il ne pouvait nier, et éradiquant toute pratique violente ou malsaine. Du moins, c'est ce qu'il pensait.

 

Le seul chalenge qui le faisait encore vibrer c'était lui. Lui et son corps qu'il faisait transpirer en salle de gym. Lui et son regard azur. Lui et ses mains le branlant si bien lorsqu'elles s'y employaient. Lui et ses cuisses de centaure. Lui et sa bouche si bien dessinée. Sa poitrine et son ventre tout en plaque de chocolat.

Oui, s'il y avait quelqu'un dont il était amoureux c'était bien lui-même. Il adorait se regarder et filmait le plus souvent ses ébats. Mais lorsqu'il les visionnait, seul dans la nuit, ce n'est pas l'ange qu'il baisait qui le faisait devenir dur, non, c'était ce regard bleu, cette tête d'homme dont il ne pouvait se détourner. Ce corps tout entier si bien charpenté. Oui, s'il y avait bien quelqu'un de qui il était amoureux et avec qui il ne pourrait décidément jamais faire l'amour, c'était lui. Et lui seul, à son  grand malheur.

 

 

Mais un jour qu'il eu besoin de se reposer et décida de s'accorder quelques jours en montagne, il se perdit dans un champ de narcisses semblant rejoindre le ciel, tant il était grand. De toute son existence, jamais, il n'avait vu pareil champ de fleurs sauvage. Et d'ailleurs, même s'il connaissait le nom de cette fleur, à aucun moment jusque-là, il n'aurait pu leur coller une couleur ou la moindre forme. Elle lui était totalement inconnue.

 

Enivré par les parfums de ces ensorceleuses à peine bercées par un petit vent rafraichissant cette chaude journée, il se laissa charmé par cette atmosphère et s'enfonça dans ce champ de narcisse sans même prendre conscience une seule seconde, qu'il aurait pu se perdre. Se perdre vraiment.

 

Après plus de deux heures de marche, haletant et le front zébré de gouttes de sueur, il vit un minuscule point d'eau au loin. Comme aimanté, il le rejoignit d'un pas toujours plus enjoué afin de s'y reposer.

Laissant tomber sa tête en arrière, le regard hagard, il contempla les nuages défiler dans le ciel et se surpris à les voir se déplacer en d'étranges mouvements. Comme si des fractions de temps entrecoupaient leurs mouvements.

Sans doute la fatigue, songea-t-il, en secouant la tête et en souriant devant ce mystère… Il détendit ses jambes, les contempla plutôt fier de leur musculature, et ferma les paupières en écoutant le silence qu'il apprécia vraiment, vivant en plein milieu d'un carrefour en pleine ville.

 

 

Il resta ainsi un long moment, à penser à tout et à rien, en inspirant les effluves de ces dames narcisses, ondulant tout autour de lui comme une chevelure de femme au vent.

Lorsqu'il rouvrit les yeux, la couleur de l'eau de la mare au bord de laquelle il se prélassait n'était plus la même. Quelque chose avait changé. Il ne pouvait vraiment dire quoi, mais il fut attiré comme un ours vers un nid d'abeilles et le miel que cela laissait présager.

Il ne contrôlait plus ses gestes et fut bien surpris de se retrouver au-dessus de cette étendue d'eau le laissant perplexe, face à son reflet dont il ne pouvait plus détourner le regard. S'il s'était toujours trouvé beau, l'étrange liquide prisonnier de cet étang  toujours plus sombre ne faisait que confirmer ce qu'il pensait. Ce visage était celui d'un apollon. D'un esthète du plus pur acabit.  Il était tout simplement magnifique.

 

Alors qu'il s'admirait sans se rendre compte à quel point sa tête penchait dangereusement vers l'eau, il ne remarqua pas le tourbillon de nuages lourds et menaçants se formant au-dessus de sa tête. S'il avait levé les yeux pour constater ce qui ressemblait fort à un trou noir, il aurait pris peur et aurait fuit cet endroit sans la moindre hésitation. Mais Oscar ne remarquait toujours rien autour de lui, n'entendait pas même le chuintement du vent balançant toujours plus violemment les narcisses paraissant ne faire plus qu'un et chanter une ode à l'étrange.

                                       

Lorsque ses lèvres roses embrassèrent l'eau, le tourbillon de cumulus se dissipa dans le ciel en y perçant un trou béant. Une voûte bleue apparut immédiatement et le vent cessa de malmener les fleurs aussitôt. Et tandis qu'Oscar avait fermé les yeux pour déposer le plus envoûtant des baisers à son propre reflet, une main sortit sans crier gare de la mare et s'accrocha à sa nuque en voulant l'emmener au fond de l'eau, mais Oscar résista et dû se démener et s'accrocher à une vieille racine d'arbre juste derrière lui, pour se retirer de cette étreinte mortelle, à n'en pas douter. Mais la main ne le lâchait plus et bien qu'il fut troublé par ces doigts qu'il lui sembla reconnaître, il n'imaginait pas ce qui allait suivre et les répercutions que cela allait engendrer pour la suite.

 

Il se laissa tomber assis sur le sol tandis que le bras tout entier de cette créature sortit tout droit d'un cauchemar à moins qu'il ne s'agisse d'un rêve, ne suive son corps pour bientôt, laisser éclore son jumeau, sortant de l'eau nu comme un ver et le regardant comme s'il lui était déjà acquis.

Oscar secoua la tête et voulut se réveiller mais son double, plus sensuel encore que lui et de ce fait, plus beau, posa la paume de sa main contre sa joue pour le calmer avant de poser son autre main sur son avant-bras. Il le caressa doucement lui donnant la chair de poule et une érection imminente à lui fendre le crâne. Il se recula encore d'un pas, mais son double le retint et se rapprocha en lui frôlant une cuisse, pour en venir à son jouet qu'il sortit de son pantalon en un tour de main.

Oscar sembla gêné, voulu remettre sa verge dans son fourreau, mais elle était si belle et si dure, qu'il serait été dommage de ne pas en profiter, d'autant plus qu'un sexe identique pli pour pli lui faisait face, et n'attendait qu'un geste pour entamer ce duel tant attendu.

 

Une dernière hésitation, il se retourna encore pour s'assurer d'être bien seul avec son double, et il attrapa par la nuque ce reflet de chair et d'os, pour y donner un baiser à gorge déployée. Langoureux, sentant sa langue attraper l'autre au même instant, voyant ses tétons pointer tels des étendards et ses bourses se durcir comme de la pierre, il laissa tomber ses habits et invita très vite son jumeau à se coucher dans les fleurs et entama le plus passionné des coïts jamais vécu de toute son existence.

Sentir cette verge blotti contre la sienne, ses mains escalader ces corps musclés et fouiller sans la moindre pudeur chaque parcelle de peau était à tomber dans les pommes, tant la volupté éprouvée était intense.

 

Son double devint de plus en plus entreprenant, se mettant à genoux au-dessus de lui et lui offrant ce fruit dur à déguster sans attendre. Ce qu'Oscar ne se priva pas, bien sûr. Enfin il pouvait réaliser ce que toujours, il avait souhaité au fond de lui et ce que tant d'autres aimeraient pouvoir faire en vérité… Il se baisait mais mieux encore, il se faisait baiser par son propre corps, son propre sexe ou ce qui y ressemblait fortement. Ce même regard plongeait dans le sien en sachant pertinemment ses attentes. Aussi,  ce ne fut plus faire l'amour mais bien un combat de qui allait jouir de qui. Duquel Oscar allait jouir d'Oscar.

 

Et alors que la concupiscence fut à son apogée, et que tous ses sens le firent chavirer dans une autre dimension tant son corps tout entier tremblait de partout, cet acte d'amour se transforma très vite en un combat singulier ou la jouissance semblait la seule victoire mais surtout, le seul moyen pour la créature sortit de cet abîme, d'enfin exister en faisant disparaître l'autre, ni plus ni moins.

Les caresses devinrent plus concises, les zones érogènes furent prises d'assaut par leurs doigts au toucher précis. Le risque de sombrer dans l'inconscient les guetta à chaque frôlement. Les baisers plus chauds et plus curieux les embrasèrent et franchirent les frontières sans la moindre vergogne. Oscar céda une première fois en sentant son sexe exploser dans son double, avant que ce dernier n'implose dans sa gorge. La sueur que leur corps laissait transparaître n'en faisait que mieux glisser leur verge se frayant des passages vers la jouissance dans les moindres ourlets de leur corps. Ils déchargèrent, déchargèrent encore jusqu'à être ivres de cet élixir. Les corps ne voulaient pas se rendre. Oscar se bâtit jusqu'au bout face à ce démon lui mordant les seins en le branlant d'une dextérité diabolique et alors qu'il jouit une énième fois en se voyant défaillir, son double sembla plonger en lui pour complètement se fondre dans son corps. Le démon avait gagné.

 

Oscar ou celui que fut Oscar se releva, plongea dans la marre pour se nettoyer, regarda le ciel accusant d'épais nuages noirs, et se rhabilla, son regard se teintant d'une étrange lumière. Comme s'il y avait quelqu'un en lui. Comme si Oscar était prisonnier de son propre corps. Cette apparence qu'il vénéra tant et tant.

 

Il se débarrassa de quelques brins d'herbe, jeta une œillade au ciel qui se dégagea aussitôt et fendit le champ de fleurs qui parurent se déplacer et lui faire une haie d'honneur. Un passage digne d'un Seigneur.  

La mare retrouva sa couleur initiale et alors que le bel et mystérieux démon arrivait en haut de la colline il se retourna vers ce minuscule point d'eau. Le visage d'Oscar semblait onduler en surface sans ne pouvoir s'échapper de cet étrange liquide. Il paraissait crier une rancœur ne pouvant s'en prendre qu'à lui-même, en voyant partir le seul être dont il ne fut jamais amoureux et le trahissant jusqu'à le faire disparaître pour l'éternité et le laisser seul avec son nombrilisme qu'il regrettait, certes, sans ne pouvoir s'empêcher de trouver toujours aussi magnifique cette silhouette ténébreuse se frayant un passage vers une nouvelle vie.

  

 

© 2009 - Didier Leuenberger - Tous droits réservés.       

    

Support photo :  © 2009 - Didier Leuenberger - Tous droits réservés.       

 

Support dessin : Image Used by permission

Avec l'aimable autorisation de Michael Breyette www.breyette.com

 

 

 

 

 



Article ajouté le 2009-08-09 , consulté 106 fois

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