Le poids du dernier souffle
Le poids du dernier souffle
Je n’ai plus pour ami que cette fenêtre et ces inconnus sachant tant de mon corps, mais si peu de ma vie. Je leur inflige l’image que je ne veux, que je ne peux infliger à tous ceux ayant partagé tant de choses, et connaissant les moindres recoins de mon âme, pour certains. Eux, ces inconnus, ce bataillon du dernier souffle nous regardant à chaque fois expirer, comme si c’était le dernier. Prêt à venir nous fermer les yeux d’une main douce et pleine de bienveillance. Avec cet ultime regard franc empreint de compassion à l’égard de la chair nous recouvrant ou ce qu’il en reste, noyée dans ce grand lit. Eux, ces jeunes gens et beaux pour les plus chanceux, s’en retournant à leur vie, après nous avoir manipulés délicatement. Nous avoir torchés, langés, lavés, nourris pour les plus mal d’entre nous. Faisant sans doute la fête avec des amis. Allant au cinéma. Courir dans les bois. Cuisinant un bon petit plat à leur partenaire ou leur faisant l’amour… Vivant, simplement. Toutes ces choses que je ne pourrai jamais plus toucher ni même effleurer du bout de mes doigts. Tant de moments écrivant les pages de nos souvenirs que l’on tente de rendre les plus beaux, les plus intenses afin qu’ils nous restent le plus soutenu jusqu’à un de ces instants comme celui-ci, ou la léthargie soudaine de nos membres n’a plus que la mémoire à quoi s’accrocher. Concentré d’émotions et de sensations emprisonnées dans ce corps malade, faible, diminué et bientôt sans vie. Souvenirs emprisonnés dans notre âme à jamais, ils sont et resteront ce qui nous est de plus cher au monde, cela même, qu’on ne veut voir transformé dans les regards de ceux les ayant partagés avec nous durant toutes ces années… Plus que l’argent, plus que la gloire, plus qu’une carrière exemplaire, plus que la fin de l’humanité, je vous en conjure, construisez de beaux souvenirs pendant votre vie. Je vous l’assure, ils sont tout ce que nous emportons avec nous dans notre dernier souffle, mais de plus, ils restent un arbre sous lequel vos proches et amis pourront se réfugier et ou toujours, ils ressentiront un souffle de bienêtre et une impression de protection, lorsqu’ils le contempleront… Je ne crois pas en grand-chose, mais je crois au moins en çà !
© 2009 - Didier Leuenberger - Tous droits réservés.

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