Goutte de sueur

       Goutte de sueur

 

                                                     

 

 

 

                           Essence même du fruit de toutes les attentes, je m’immisce dans les moindres interstices, scrute les plus infimes crevasses, viole les plus intimes fentes. Elixir d’une moelle émotive et d’un désir débordant, ma naissance n’arrive jamais que dans la douleur ou l’euphorie. Que dans un bouquet de sens en émoi ou une regrettable entaille.

 

Mais je ne parlerai ici que de ces bonheurs sporadiques ou réguliers dont je me dépêtre  plutôt bien et desquels je laisse tout mon être glisser vers d’autres horizons.

Une goutte. Une simple goutte de sueur, longeant l’échine de celle ou celui me recevant avec délice.  

 

Tombant du front d’un chanceux sentant ses joues rosir et son pouls galoper dans ses veines, je deviens le filtre le plus incorrigible d’amour, plongeant entre les seins de celle me recueillant avec délicatesse. Mon effet loupe, s’il pouvait être perçu, montrerait une peau martelée par l’émotion de ce moment faisant trembler tous les membres. La chair de poule enfantée n’est de loin, pas engendrée par un courant frais, mais le plus mystérieux des mystères que cette bonne vieille terre et surtout cette humanité démunie, ne comprendront jamais.

 

Doucement, je longerai cette poitrine, tournerai autour de ces tétons dressés tels des étendards et attendant qu’on les morde ou qu’on les suce. Puis, je descendrai entre ces deux monts érogènes quémandant toujours plus de baisers et de touchers pour glisser sur un ventre voluptueux et accueillant. Un ventre invitant à le caresser. Se contractant, se relâchant sous des frôlements plus que souhaités.

 

Tantôt écrasée, tantôt me regonflant d’eau, je continue mon chemin sur ce corps de femme en émoi. M’invite en son nombril en la chatouillant, pour être déplacer de son index plus loin, plus bas. Là ou le visage d’un homme endiablé semble conquis par ce qu’il vient de festoyer. Sa barbe mal rasée en est le témoin, il fut bon de se blottir tout contre ce sexe, ou je suis délicatement posée dessus. Bien sûr, je glisse moins bien dans ce pubis en bataille, mais quelle n’est pas ma surprise, lorsque ivre de senteurs, je suis happée dans cet antre. Aspirée en cet intérieur chaud et humide. Je n’ai pas le temps de me rendre compte  de ce qui m’arrive, que je me vois poussée plus en amont par une verge toute en expression.

Dure, elle est tantôt décidée à me faire disparaître ou au contraire, tente de me capturer de son gland vermeil, comme s’il n’y avait que ce sexe, de légitime en cet endroit et en cet instant.

 

Il fait chaud. Humide. Et j’ai bien peur que tous ces liquides ne m’absorbent à jamais. Je le vois. Ce dard se gonfle, se tend de toute sa candeur et ne désire plus qu’une chose…

 

J’ai juste le temps de m’accrocher à cette chair rosée qui me dépose sans attendre, aux abords de cet abricot attendant une averse. La plus intense, la plus généreuse, la plus mystérieuse.

 

J’en profite pour me laisser glisser le long de cette jambe repliée sursautant aux soubresauts de cet intrépide butor n’oubliant pas la douceur. Longe délicatement les quelques poils blonds qu’une cire ne put dévorer. Continue ma course le long d’un mollet souple, anéantis, vaincu par le plaisir que ces deux corps sont en train de communier, m’accroche à la rudesse d’un talon, évite la chute de justesse, avant de glisser vers les orteils pour me retrouver suspendue au plus petit d’entre eux avant de retomber sur les fesses d’un mâle épuisé. Celui-là même dont je naquis. Celui écrasant de son poids décuplé sous cet étrange relâchement que tout d’homme, peut ressentir après le petit malaise de leur saucisse…

 

Je me fraie un passage entre les poils de ce fessier musclé, longe cette raie sans la moindre pudeur, tourne autour de cet orifice avant de glisser vers ces bourses retombant comme deux cailloux entre ces cuisses. Il y fait chaud. Je ne suis plus seule. Des dizaines de gouttes de sueur y sont déjà et d’autre nous rejoignent.

 

Notre père se dérobe pour soulager sa compagne de son poids, et se laisse retomber tout à côté, là, sur ce matelas qu’un drap de satin recouvre.

 

Je n’ai pas le temps d’en voir la couleur, je suis absorbée en un geste rapide et disparaît dans les méandres de l’oubli sans même avoir vraiment existée aux yeux de cet homme. Mais moi, je sais de quelle essence je fus né, et cela me ravis, de penser que je puisse découler d’un bonheur plutôt que d’un malheur…

C’est déjà ça. C’est déjà bien. Même, très bien…

 

 

 

 

  © 2009 - Didier Leuenberger - Tous droits réservés.       



Article ajouté le 2009-02-18 , consulté 68 fois

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