Buffet de famille


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        Buffet de famille

                             

 

 

 

 

 

Et voilà, en avant pour un autre tour de piste du cirque Jacquart en pleine possession de ses moyens, à cette époque-ci de l'année. Un buffet de famille du plus bel effet diraient certains. Une épreuve supplémentaire, je vous l'assure pour ce qui est de mon humble petite personne. Sans médisance ou même le plus petit sarcasme, j'avoue ne pas trop adhérer à ce genre de compétition ou chacun semble y aller dans la démesure la plus criante. Si c'est pas malheureux tous ces faux-cul embrochettés les uns aux autres par des liens soit dits sacrés, et se vomissant les pires horreurs dès qu'un vin méchant leur titille une conscience bien menée par une jalousie maladive que tout convive de même sang que le nôtre, peut ressentir à l'égard d'un frère, neveu, oncle ou cousin Germain… Même d'un arrière, arrière, arrière petit pisseur, peu importe. Ce qui compte, c'est de faire bonne figure et ne pas trahir ses gènes. Quitte à toujours garder la hache dans son dos, prêt à frapper celle ou celui nous allant le plus sur les nerfs, sans cesse sauvé in extremis par un sourire carnassier et cassé à souhait que l'on s'efforce de faire le plus discret possible. Un évitement indispensable, si l'on ne veut pas déclencher une guerre qui ne s'arrêterait pas à nous, mais qui embraserait une folie furieuse dont bien peu d'entre les Jacquart se relèveraient, je vous le certifie.

Un tableau classique, me direz-vous ? C'est ce que je pensais, avant de rencontrer ma moitié et son clan, qui s'il n'est pas parfait non plus, ne peut prétendre à une telle démesure…

 

Que n'ais-je pas trouvé comme excuse pour ne pas y aller, à ces réunions de famille sentant fortement les souvenirs réchauffés et passés. L'hypocrisie n'est pas mon fort je l'avoue. Ce n'est pas une discipline dans laquelle j'excelle et m'y sens bien, aussi, pour moi ces buffets de famille sont le plus souvent douloureux et une torture que j'ai peine à m'expliquer. Mais ça, je n'en dis mot à personne. Je fais comme tous les Jacquart, j'assure, pour que ma mère ne blêmisse pas, soudainement. Garde la tête haute. Je feinte. Je pose et fais bonne figure le mieux que je puisse.

 

Mais pourquoi me plierais-je à ce rituel et à ces règles sommes toutes, contraires à mes principes d'aujourd'hui. À ma façon de vivre. De voir les choses… Pourquoi m'efforcerais-je à être celui que mon sang affirme être, mais que je ne reconnais plus dans le miroir, lorsque surpris le matin, je m'observe avec une petite pointe d'admiration quand à mon parcours mené jusqu'ici. S'il est vrai qu'il y en a eu du chemin parcouru, je ne peux nier ce passé et les miens, sous prétexte que j'ai choisi plutôt que subi une famille. Ma famille, constituée d'amis fidèles et différents n'hésitant jamais à me recadrer, lorsque je déborde un peu trop. À me calmer lorsque la douleur, la passion ou l'amour, me piquent et me font perdre la raison. Ma famille, oui. Mes frères et sœurs de cœur. Ceux que j'ai choisis et qui ne sont pas forcément les plus tendre avec moi, mais qui ne se cachent pas derrière des protocoles et une éducation à ne pas souiller… Des gens, rencontrées au cours de l'existence et croisés au fil du temps, sans raison apparente. Sans même être allé les chercher mais arrivant toujours à point… Voilà bien une magie, si magie il y a dans ce vaste univers, qui ne cessera de me fasciner et de m'interloquer. Voilà bien le plus merveilleux des mystères… Mais revenons à ce buffet ou je m'y retrouvai entouré de mon sang, battant bientôt dans ma poitrine, aussi fort que si j'étais sous la plus grande cloche jamais conçue…

Regardez-moi ce gros porc d'Henry et ses préceptes qu'il inflige à toute âme perdue tendant une oreille distraite. Ah ! Il me donne envie de vomir lorsqu'il suce son sot-l'y-laisse de poulet comme s'il n'avait pas bouffé depuis des lustres. Il doit penser à l'abricot de sa nièce dont il abusa pendant toutes ces années. Et cette pétasse de Clara revenant chaque année de Las Vegas pour ne pas manquer ce rendez-vous sacré. On croirait qu'elle s'en revient des Amériques, comme elle aime le souligner, nous faisant comprendre par là qu'elle est entourée de peaux rouges et sous le jouc d'un shérif peu scrupuleux. Elle semble oublier que depuis, on a inventé l'avion… Martine et sa mousse au chocolat toujours aussi aigrelette. Mais comment fait-elle pour la louper aussi bien à chaque fois. Je sens que je vais l'éructer des heures durant. Et comme par enchantement, tout le monde la trouve excellentissime voir sublimissime. Quelle bande de faux culs tout de même… « Tu sais, ce n'est pas facile en ce moment avec son mari » que me sort ma mère, au moment ou j'allais lancer un missile. Qu'est-ce que je peux faire contre cette pauvre, pauvre paumée de Martine, qui comme par hasard, est la plus malheureuse au seul buffet de famille auquel j'assiste encore. Et Franck et ses remarques débiles de beauf à trois sous. Si c'est pas malheureux d'entendre de telles inepties. A se demander s'il a fréquenté la haute école des cons et croyez-moi, elles n'ont aucune peine à se remplir en ces temps mémoriaux. Et Clara. Clara et son éternel sourire de sainte nitouche foutant la main au cul du premier venu dès qu'elle en a l'occasion. Qu'on soit de la proche famille ou plus éloigné, elle ne fait aucune différence, mais vous jure en crachant trois fois, qu'elle est fidèle à Norbert comme aucune femme ne l'a jamais été… Mais j'allais oublier les impurs, les sangs mêlés. Ceux ne faisant pas vraiment partie du clan. Ceux venant d'ailleurs. Entre la niac de Saigon et ses rouleaux de printemps douteux et le kosovar et son canif aiguisé, on a le choix. Sans oublier  la bamboula du père Edouard, qu'il a ramenée du Congo. Et ben, au moins avec elle il y a de la couleur. Une des rares entre parenthèse, qui est franche et qui regarde dans les yeux lorsqu'elle nous parle. Je l'adore.

 

Bref ! Le pire dans tout ça, c'est que vous qui lirez ces lignes, retrouverez obligatoirement une de vos connaissances de votre douce famille en ces exemples, à moins que ce ne soit vous ! De toute façon, je ne me fais pas d'illusion, ce que j'écris ici, d'autres le disent de moi dans mon dos, aussi…

 

 

Tout ça pour dire que dans bien des cas, la famille est à prescrire à dose homéopathique et toujours à prendre, à une période fixe de l'année sans quoi l'overdose encourue pourrait nous être fatale … Amen !

 

 

 

 

 

 

  © 2008 - Didier Leuenberger - Tous droits réservés.       



Article ajouté le 2008-12-06 , consulté 80 fois

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