Prélude pour un puceau
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Prélude pour un puceau
Quand on a envie d'aller plus loin avec une fille et que l'on est un puceau de vingt-deux ans, comme moi (si, si ça existe encore), il va de soit qu'on a envie de parler de ces choses avec des potes expérimentés en la matière, et de préférence, des gars discrets. Bien sûr, il nous faut enlever un bon pourcentage d'exagération et de fabulation aux propos du jeune homme en question. Et spécialement avec des mecs comme Tomy. Mais ce petit détail n'est pas grave lorsqu'on est un mec, car on connaît trop bien ces manœuvres d'intimidation et cette manie d'en foutre plein la vue à ses potes. Cette tendance à exagérer tout et spécialement ce qui traite du domaine de la fesse et de la longueur de Miss quéquette. C'est tellement plus facile d'en parler lorsque la fille intéressée n'est pas dans les parages... Mais qu'à cela ne tienne, je m'en fous, et je fais confiance à Tomy qui semble prendre la chose très au sérieux. Il en fait même, et c'est bien étonnant de sa part, une affaire d'honneur. Je crois en fait, que je lui ai offert la plus belle preuve de confiance qu'on peut donner à un compère.
Mon ami Tom est donc l'élu pour cette besogne. Et quelle mission. Apprendre comment s'y prendre avec les femmes n'est pas ce qu'il y a de plus aisé. Mais j'ai confiance. Je pense qu'il va m'apprendre des choses indispensables et y aller franco. En tous cas, il a toute l'expérience requise selon ses dires, pour se prévaloir mon mentor attitré.
Seulement voilà, on a beau rouler des mécaniques devant ses acolytes et leur en foutre plein la vue, il s'avère que pour ce qui est de la culture et de la compréhension de la planète femme, un mec comme Tomy n'est pas forcément l'apôtre adéquat. En effet, et j'aurais du y penser en le voyant se peser les pompons et admirer sa grosse queue dans les douches, après l'entraînement. S'il est tant obnubilé par son jouet et si excité d'impressionner ses petits copains tirant sur leur prépuce comme sur un élastique à longueur de journée, il est clair qu'il doit vénérer sa saucisse bien plus que la fille qui s'en occupe, lorsqu'elle lui fait une petite gâterie. Qui a dit que l'homme n'était pas narcissique ?
Tom fait partie de ces mâles types comme ils me font rire. Il est si soucieux de sa performance au lit et a si peur que sa baguette se ramollisse, qu'il en oublie même les options dont il est pourvu, ne serait-ce que ses mains et les caresses qu'elles peuvent léguer. Tomy est admirablement « Homme». Un exemple pour le puceau que je suis, même si je devrai corriger des lacunes. Il est muni de cette naïveté merveilleuse, allant si bien aux gros matous que nous sommes, nous les petits d'hommes. Bourré de contrariétés et emprunté à mort face aux sentiments. Fier comme un coq mais si « modelable » en vérité, que je me dis qu'il est normal que les hommes aient si peur des femmes. Tomber dans leur filet ne peut que les faire paniquer lorsqu'on sait qu'ils sont si vulnérables en vérité.
Bref ! Tom est un homme avec un grand H. Un roc, et je ne crois pas si bien dire en le regardant se mouvoir, lorsqu'on joue au badminton. Et oui, comme bien des jeunes loups, Tomy fut victime du « m'as-tu vu mon chocolat », et il en porte encore les traces physiques aujourd'hui. Quand on voit le mal que ça demande pour maintenir toute cette viande bien ferme, je me dis que je suis bien à patauger dans ma baignoire, le soir, après une journée plutôt chargée. Quelle manie d'aller faire souffrir son corps dans ces salles aseptisées, en le bourrant d'anabolisants en tous genres. Ca, c'est un truc qui m'a toujours impressionné de la part des mecs. Cette obsession du « paraître ». Cet acharnement à se punir par toutes sortes de tortures. À croire que c'est la nouvelle religion du siècle prochain.
Qu'on ne montre plus du doigt les S.M. s'attachant au radiateur et attendant la fessée, car il me semble que l'homme a toujours eu besoin de se faire violence. L'histoire le prouve.
Tomy est beau gosse. Même nous ses potes, l'admirons en secret. Et toutes ces greluches qui s'accrochent à sa braguette n'ont pas tort, car il est mignon, même une fois le pantalon descendu. Mais que mignon. Lorsqu'on dépoussière un peu la bête et qu'on y glisse un peu de bon sens, il peut s'avérer que mon ami soit un vrai champ d'étude psychologique. Pauvre de lui. C'est sans doute pour ça qu'il est si touchant. Il a beau être fort, il n'en reste pas moins ce grand enfant qu'on a peine à consoler lorsqu'il a un bobo à son petit cœur fragile, et pour autant qu'il ait bien voulu nous en parler. Mais Tom est intelligent, il ne peut qu'évoluer. Il a déjà beaucoup évolué depuis que je le connais.
Après que j'eus obtenu les renseignements nécessaires pour ne pas avoir l'air trop idiot devant la fille avec laquelle j'avais prévu de tenter une incursion sexuelle, je dus bien constaté, une fois devant le fait accomplie, que Tomy ne me fut pas d'une grande utilité. Et encore moins pour ce qui est de l'intérieur de ces dames... Il semble que je sois plus au courant du fonctionnement des femmes, que ce vieux complice, les ayant écoutées tout au long de ces années, tandis que Tom pelotait à tout va.
Malgré l'émancipation de la femme, on dirait qu'il plane toujours ce trouble mystérieux qui nous fait avoir cette petite crainte magnifique et si difficilement transgressée vis à vis de l'autre sexe. Cette barrière invisible nous laissant un arrière goût animal et nous faisant nous sentir si bien entre mecs ou entre gonzesses, nous tapant des bières en rotant en chœur et allant se mesurer nos zizis dans les pissoirs, pour ce qui est des mâles, et jacassant de tout et de rien en comparant nos nichons, pour ce qui est de ces chères petites femelles... Bref ! Tous ces rites et ces petites habitudes nous rendant si humains en vérité...
© 2008 - Didier Leuenberger - Tous droits réservés.

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